"Kalanoro" : Sega mise sur le jeu vidéo malgache

"Kalanoro" : Sega mise sur le jeu vidéo malgache

Un studio d'Antananarivo signe un accord de distribution avec Sega

Le studio Red Raketa, basé à Antananarivo, a lancé le 24 septembre « Kalanoro », premier jeu vidéo malgache disponible sur les principales consoles de jeu. Derrière cette sortie se dessine un pari économique : faire émerger à Madagascar une filière professionnelle du jeu vidéo, avec un partenariat de distribution conclu avec le géant japonais Sega qui ouvre au studio les marchés du Japon et d’autres pays d’Asie.

Le produit est pensé comme un « concentré de la culture malgache », un positionnement qui sert de signature commerciale autant que d’identité artistique. Le joueur incarne Kalakely, une jeune kalanoro, esprit sauvage qui sillonne l’île de Lemuria à bord d’un taxi-brousse pour combattre la sorcière dictatrice Raneny et libérer des lémuriens musiciens afin de monter un concert rebelle. Dina Valisoa Ratsisetraina, game-designer du jeu, explique que dans la culture malgache, les kalanoro sont des créatures très poilues, l’équivalent des lutins des forêts : on leur prête des pouvoirs selon les régions, certains disant qu’ils apportent la malchance, d’autres la richesse, d’autres encore qu’ils kidnappent les enfants. L’équipe a choisi, avec les illustrateurs, de lui donner un aspect mignon. « C’est fait main, avec beaucoup d’amour et de café », ajoute-t-elle.

Ce contenu culturel constitue un argument de différenciation sur un marché concurrentiel. Les joueurs cuisinent des plats typiques comme le ravitoto, dans des décors intégrant rizières et baobabs. Mais c’est la bande-son qui porte l’essentiel de la valeur perçue. Karen Andriamamonjy, co-fondatrice de Red Raketa, souligne : « On découvre énormément de sonorités malgaches. C’est 100 % fait à Madagascar. On voulait travailler avec des artistes pour les mettre en avant et pour faire écouter au monde ce qu’il y a à Madagascar. » Le jeu propose du rock et des musiques plus tropicales, avec des artistes reconnus de la Grande Île comme Marco Klarck, Drwina ou Denise.

Le modèle de production repose, lui, sur des coûts minimes et un capital humain autodidacte. « Kalanoro » est né dans un garage d’Antananarivo, avec l’appui de l’incubateur Ony, créé par l’artiste français Orelsan. « La quasi-totalité de l’équipe est autodidacte. On apprend en faisant », résume Steevie Rasoanaivo, co-fondateur de Red Raketa Studio. Selon lui, il faut un ordinateur plus ou moins performant et, idéalement, une connexion internet pour accéder aux nombreux documents et tutoriels : « C’est en tout cas le nerf de la guerre pour nous ici à Mada. »

Le défi technique le plus lourd a été le portage du jeu sur PlayStation, Xbox et Nintendo Switch. « Il y a trois technologies différentes : c’est plein de détails, de contraintes techniques très compliquées. Notre fierté, c’est d’avoir pu le faire nous-mêmes, en interne, ici à Madagascar », se félicite le studio, qui a ainsi évité d’externaliser cette étape coûteuse.

Pour Red Raketa, la sortie sur consoles est aussi un signal envoyé au marché local du travail et aux investisseurs potentiels. Steevie Rasoanaivo espère que ce lancement encouragera le développement d’une filière professionnelle à Madagascar. « On a beaucoup de talents. De plus en plus de jeunes se lancent dans l’animation 3D, l’illustration 2D ou dans la programmation », assure-t-il, évoquant les écoles d’informatique et les communautés de développement. « Il y a toute la matière pour idéalement créer une industrie et on espère contribuer à ça, au moins pour montrer le chemin. » Son souhait : que d’autres se disent que si eux peuvent le faire, il est possible de se lancer aussi. « Ne serait-ce que ça, ce serait déjà une grande victoire pour nous. »

La distribution au Japon et sur d’autres marchés asiatiques, rendue possible par le partenariat entre Red Raketa et Sega, pourrait bien transformer cette vitrine culturelle en première réussite commerciale de l’industrie vidéoludique malgache. Reste à savoir si ce pari convaincra les joueurs asiatiques et, au-delà, les futurs financeurs d’une filière encore embryonnaire.

Questions-réponses

Quel est le rôle du partenariat avec Sega dans ce projet ?

Le partenariat de distribution conclu entre Red Raketa et Sega ouvre au studio les marchés du Japon et d'autres pays d'Asie, et pourrait transformer cette vitrine culturelle en première réussite commerciale de l'industrie vidéoludique malgache.

Comment le studio Red Raketa a-t-il maîtrisé ses coûts de production ?

Le jeu est né dans un garage d'Antananarivo avec des coûts minimes et une équipe quasi entièrement autodidacte. Le portage sur PlayStation, Xbox et Nintendo Switch, étape technique la plus lourde, a été réalisé en interne pour éviter d'externaliser cette étape coûteuse.

Quel rôle a joué l'incubateur Ony ?

L'incubateur Ony, créé par l'artiste français Orelsan, a apporté son appui au développement de « Kalanoro » à ses débuts dans un garage d'Antananarivo.

Pourquoi ce lancement est-il un signal pour les investisseurs ?

La sortie sur consoles est un signal envoyé au marché local du travail et aux investisseurs potentiels : Steevie Rasoanaivo espère encourager le développement d'une filière professionnelle, en montrant le chemin à d'autres talents et futurs financeurs.