Plus de 300 policiers et gendarmes ont été déployés sur l’ensemble de l’île de La Réunion ce lundi 5 octobre 2026 pour encadrer la mobilisation lycéenne, un dispositif de maintien de l’ordre considérablement étoffé selon la préfecture. Vingt-deux établissements ont été touchés par le mouvement, et pour la première fois, 7 collèges ont également connu des manifestations en matinée. Aucun établissement n’a été bloqué, assure la préfecture, mais des incidents et des violences ont été constatés en marge de plusieurs rassemblements.
Le bilan communiqué en fin de matinée fait état de 18 interpellations, dont trois majeurs. Sept représentants des forces de l’ordre ont été blessés : deux gendarmes, quatre policiers nationaux et un policier municipal. Les sapeurs-pompiers, eux, ont dû intervenir sur différents départs de feu liés à ces incidents, ce lundi comme la semaine dernière, alors que la période est propice aux feux de végétation et qu’ils devraient être mobilisés ailleurs, note la préfecture.
Le préfet Patrice Latron apporte son soutien aux forces de l’ordre, qui interviennent selon lui “avec responsabilité et discernement pour assurer la sécurité de tous dans le cadre du droit”. Il soutient également les enseignants et les personnels de l’Éducation nationale confrontés aux incidents et dégradations, dont certains ont vu leurs véhicules personnels visés. Il appelle chacun à la responsabilité et rappelle que l’expression des revendications lycéennes ne peut en aucun cas passer par les violences constatées. “L’État ne laissera pas les violences et les dégradations s’installer : leurs auteurs seront recherchés, interpellés et poursuivis”, précise la préfecture, qui souligne que des individus ont profité des rassemblements pour commettre des dégradations et d’autres infractions.
Sur le terrain, les situations ont varié d’un établissement à l’autre. Au lycée Patu-de-Rosemont à Saint-Benoît, des bouteilles d’eau et des galets ont été jetés en direction des forces de l’ordre, qui auraient répondu par des gaz lacrymogènes. L’établissement est resté ouvert, mais les élèves partis en cours ont été confinés à l’intérieur le temps que la situation s’apaise, a indiqué la direction aux parents. Une tentative d’intrusion a été empêchée, selon la préfecture, qui fait aussi état de dégradations, de tentatives d’incendie et de véhicules d’enseignants ciblés par des projectiles sur le parking. Un gendarme et un policier ont été blessés. La manifestation réunissait une cinquantaine de lycéens.
Au lycée hôtelier de Plateau Caillou, le portail a cédé sous la pression des manifestants, et les gendarmes sont intervenus avant de quitter les lieux en fin de matinée. Trois personnes ont été interpellées, dont une en possession d’une mitraillette factice. La préfecture attribue ces débordements à des individus cagoulés extérieurs au mouvement lycéen. Au lycée Evariste de Parny, également à Plateau Caillou, les manifestants ont fait face aux forces de l’ordre jusqu’à la fin de matinée, sans que le rassemblement n’échappe au contrôle.
À Saint-Denis, quatre interpellations ont été réalisées pour jets de poubelles, outrage à agent et rébellion. À la Chaloupe Saint-Leu, des élèves du collège Harry Gruchet ont été un temps confinés après l’irruption vers 10h30 de quelques jeunes cagoulés ou masqués ; les gendarmes se sont déplacés et la tension est retombée à la mi-journée. À Saint-Louis, un véhicule de gendarmerie a été caillassé devant le lycée de Roches Maigres, et des tensions ont été observées aux abords du lycée Antoine Roussin.
Le point le plus tendu se situe à Saint-André, où 200 jeunes, majoritairement cagoulés, se sont regroupés entre les lycées Jean Perrin et Sarda Garriga selon la préfecture. Des bus de la gare routière voisine ont été caillassés, des poubelles incendiées et des projectiles lancés sur les forces de l’ordre, qui ont eu recours aux gaz lacrymogènes pour ramener le calme. Le trafic des bus a été perturbé un bon moment et cinq personnes ont été interpellées.
Ce lundi marque la suite d’une mobilisation entamée vendredi 2 octobre, lorsque les élèves de 17 lycées avaient rejoint le mouvement national pour réclamer de meilleures conditions de scolarisation, avec des dérapages notamment au lycée Boisjoly Potier du Tampon et au lycée François de Mahy à Saint-Pierre. Ce jour-là, 28 personnes avaient été interpellées et six représentants des forces de l’ordre blessés. Ce lundi, devant plusieurs établissements, les pancartes étaient de nouveau de sortie sans blocage.
Les revendications portent notamment sur les journées trop longues, de 7h à 17h, les classes surchargées, l’interdiction du téléphone portable, le temps trop court pour déjeuner, l’interdiction des savates et le dispositif Parcoursup. Loïc, 19 ans, estime que “7h-17h c’est trop” pour ceux qui habitent loin et plaide pour plus de professeurs. Darel, élève de terminale, réclame davantage d’écoute de la part de l’Éducation nationale, évoquant des erreurs de spécialités ayant conduit à de la phobie scolaire. Au lycée Louis Payen de Saint-Paul, où environ 200 élèves ont fait le choix de ne pas se rendre en cours, la mobilisation s’est déroulée dans le calme, sous l’oeil d’une dizaine d’effectifs, et s’inscrivait dans une logique de solidarité avec les établissements moins bien lotis, expliquent Héléna Duport et Jeanne. Au lycée Pierre Poivre de Saint-Joseph, Thaïs Bénard dénonçait la répression subie par les lycéens de l’Hexagone la semaine dernière.
Parti mi-septembre de région parisienne, le mouvement s’est étendu la semaine dernière. L’exécutif recense en France 5 000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, 24 établissements incendiés ou saccagés et 78 personnels de l’Éducation nationale blessés, selon le ministre de l’Éducation Edouard Geffray. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé dans une feuille de route que les cours reprennent partout où c’est possible et confié à ses ministres cinq chantiers, avec de premières décisions attendues avant la fin du mois. Le détail des événements de ce lundi a été notamment relayé par Réunion La 1ère : https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/mobilisation-lyceenne-a-la-reunion-des-manifestations-devant-plusieurs-etablissements-de-l-ile-des-debordements-observes-1744944.html
La question reste ouverte de savoir si les premières décisions promises avant la fin du mois suffiront à apaiser la mobilisation sur l’île.