La suspension de la collaboration entre Konecta, l’un des plus grands centres d’appels de Madagascar, et son prestataire de restauration constitue la première mesure concrète prise depuis le début d’une intoxication alimentaire collective qui a touché 274 employés depuis jeudi. Dans un communiqué, l’entreprise a annoncé cette suspension, ainsi que la prise en charge des frais médicaux de ses employés actuellement hospitalisés. À ce jour, aucune poursuite n’a été engagée, ni contre Konecta, ni contre le prestataire de restauration mis en cause.
Le bilan communiqué par les autorités hospitalières fait état de 274 personnes prises en charge depuis jeudi. Parmi elles, 227 ont déjà pu quitter l’hôpital, tandis que 47 restent hospitalisées. Aucun décès n’est à déplorer. Les malades sont principalement des employés de Konecta, un call center qui travaille notamment pour Orange, la Fnac, Darty ou encore Canal+. Si l’entreprise poursuit ses activités, sa cantine a été fermée.
La situation des services hospitaliers d’Antananarivo illustre l’ampleur du défi posé aux institutions sanitaires. À l’hôpital d’Andohatapenaka, comme dans les autres grands hôpitaux de la capitale, le service des urgences est submergé. Faute de lits disponibles, certains malades doivent patienter dans les couloirs, et de nouvelles personnes arrivent chaque jour avec des symptômes s’apparentant à une intoxication alimentaire.
Selon plusieurs employés, la mauvaise qualité des repas servis par le prestataire extérieur avait déjà fait l’objet de signalements auprès de la direction de l’entreprise. Cette information soulève la question du suivi des alertes internes et de la responsabilité des donneurs d’ordre dans la chaîne de sous-traitance, alors que le prestataire de restauration demeure, comme Konecta elle-même, à l’abri de toute procédure judiciaire à ce stade.
Les témoignages recueillis à l’hôpital décrivent des symptômes sévères. Une employée de Konecta hospitalisée raconte : “Après avoir mangé j’ai eu mal à la gorge, ma langue était comme collée. Après j’ai eu mal au ventre, je suis allée aux toilettes et j’ai eu la diarrhée, je faisais des allers retours aux toilettes. Après ça, je me suis sentie très faible, je suis allée chez le médecin et là-bas je n’arrêtais pas de vomir.” Une mère de famille, dont la fille venait d’être embauchée chez Konecta, rapporte pour sa part les propos de son enfant : “Maman, maman, je vomis un liquide blanc.” La jeune employée avait pris une entrée, puis de la saucisse avec des carottes. “On se demande si c’est à cause de l’huile ou des coupures d’électricité”, s’interroge la mère, évoquant ainsi les conditions dans lesquelles les repas ont pu être préparés ou conservés.
Cette affaire ravive les inquiétudes à Madagascar, où plusieurs cas d’intoxications alimentaires se sont déjà produits. Le plus marquant reste le drame d’Ambohimalaza, qui avait coûté la vie à au moins 30 personnes après une fête d’anniversaire en juin 2025. La récurrence de tels épisodes interroge sur les mécanismes de contrôle en place et sur la capacité des autorités à prévenir ces crises sanitaires récurrentes.
Pour l’heure, la réponse institutionnelle se limite aux mesures annoncées par l’entreprise elle-même : fermeture de la cantine, suspension du contrat avec le prestataire et prise en charge des frais médicaux des employés hospitalisés. Aucune enquête publique, aucune sanction administrative ni aucune poursuite judiciaire n’a été rendue publique, alors que 47 personnes demeurent toujours hospitalisées et que les urgences des hôpitaux d’Antananarivo continuent d’accueillir de nouveaux patients présentant des symptômes similaires. Les prochains jours détermineront si cette affaire reste une crise interne à une entreprise ou si elle débouche sur un examen plus large des responsabilités, tant du côté de l’employeur que de celui du prestataire de restauration.
Référence : https://la1ere.franceinfo.fr/mayotte/a-madagascar-plus-de-270-employes-d-un-centre-d-appel-ont-ete-hospitalises-apres-une-intoxication-alimentaire-1747077.html