Nuit de violences à La Réunion : commerçants pillés, véhicules incendiés et habitants sous tension après les mobilisations du 17 octobre
Pour les habitants de plusieurs communes de La Réunion, la journée de mobilisation de ce samedi 17 octobre contre la vie chère, contre la politique du gouvernement et pour réclamer davantage de moyens pour l’Éducation nationale s’était déroulée dans un calme relatif. C’est la nuit qui a tout changé. Des affrontements ont éclaté entre des individus et les forces de l’ordre, et des incendies ont été signalés dans différentes communes de l’île, laissant derrière eux des commerces saccagés, des véhicules brûlés et des riverains confrontés à des dégâts parfois à quelques mètres de chez eux.
Les premiers incidents étaient survenus dès la journée du samedi 17 octobre au Port et à Saint-Pierre, en marge des manifestations des « Gilets jaunes », selon la Préfecture. Mais les débordements se sont poursuivis une fois la nuit tombée, touchant plusieurs villes de l’île.
À Saint-Denis et à Saint-Pierre, de nombreux incendies, des pillages et des dégradations de biens publics et privés ont été recensés. Plusieurs poubelles et véhicules y ont été incendiés, et un magasin d’alimentation a été pillé. Au Port, des biens publics ont été dégradés, un PMU a été pillé et un institut de formation en manucure a pris feu. À Saint-Benoît, la façade de la brigade de gendarmerie de Bras-Fusil a été endommagée par un incendie qui s’est déclaré à proximité de logements occupés, un détail qui illustre la proximité immédiate entre les violences et la vie quotidienne des habitants.
À Saint-Louis, un snack a été cambriolé, les caméras de vidéoprotection d’un supermarché ont été dégradées et un local poubelle proche d’habitations a été incendié. La Possession a également subi de nombreux dégâts, avec l’incendie d’une enseigne de restauration rapide et la dégradation d’une pharmacie, des commerces et services dont dépendent directement les résidents du quartier.
Face à ces événements, les forces de sécurité ont été largement mobilisées. 120 fonctionnaires ont été engagés en zone Police, dont 9 ont été blessés. En zone Gendarmerie, 99 militaires ont été déployés et 2 ont été blessés. Au total, 18 personnes ont été interpellées depuis le début des événements, parmi lesquelles des mineurs.
Dans un communiqué, la Préfecture de La Réunion a fait état de « violences d’une ampleur inhabituelle commises par des groupes d’individus cagoulés et munis d’armes à l’encontre des forces de sécurité intérieure et des services de secours ». Le préfet de La Réunion a condamné ces violences et ces atteintes aux personnes et aux biens, et a exprimé son soutien aux victimes ainsi qu’aux policiers et aux gendarmes blessés dans l’exercice de leurs missions.
Un récit détaillé de la nuit et de ses conséquences pour les communes concernées est par ailleurs disponible sur https://outremers360.com/bassin-indien-appli/mobilisation-du-17-octobre-nuit-agitee-a-la-reunion-18-interpellations-et-des-policiers-et-gendarmes-blesses-recenses, qui recense les interpellations et les blessés parmi les policiers et gendarmes.
Au-delà du bilan chiffré, ce sont les acteurs du quotidien de l’île qui se retrouvent au cœur de ces événements : les commerçants dont les magasins ont été pillés, les habitants de Bras-Fusil dont les logements ont frôlé les flammes, les riverains de Saint-Louis et de La Possession qui découvrent au matin l’étendue des dégradations. Les mobilisations contre la vie chère et pour l’Éducation nationale, parties d’une journée plutôt calme, se sont ainsi soldées par une nuit agitée dont les conséquences matérielles et humaines pèsent désormais sur les communes touchées, tandis que les forces de l’ordre blessées et les victimes de ces violences recevaient le soutien exprimé publiquement par le préfet. Reste à savoir comment ces quartiers se relèveront dans les jours qui viennent.