Afrobeats : une étiquette qui masque-t-elle la valeur des musiques africaines?

Afrobeats : une étiquette qui masque-t-elle la valeur des musiques africaines?

Entre niches musicales et stratégie d'export, le business des sons africains

Le numéro de la semaine de l’Afro-Club Deluxe place l’économie de la musique africaine au cœur du débat, et son premier enjeu est un problème d’étiquetage commercial : le terme Afrobeats, bannière internationale efficace pour exporter les sons du continent, peut-il vraiment désigner des musiques aussi différentes les unes des autres sans en masquer la diversité, et donc la valeur marchande de chacune ?

Les artistes eux-mêmes posent la question. C’est en 2024, quand la Sud-Africaine Tyla reçoit le MTV Video Music Award du meilleur titre Afrobeats pour « Water », qu’elle rappelle que sa musique vient notamment de l’amapiano. De son côté, le Nigérian Burna Boy préfère parler d’Afrofusion. La position de l’Afro-Club tient en une idée de positionnement de marché : une bannière commune peut faciliter la découverte, donc l’audience et les revenus, à condition qu’elle ne fasse pas disparaître les identités musicales. Car derrière chaque étiquette se cache un territoire, une langue, une danse, une histoire. Amapiano, gqom, coupé-décalé, singeli, gengetone, shatta, ntcham, bolé, afro-congo, bongo flava, bouyon : autant de marchés de niche avec leurs propres écosystèmes.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la rencontre de la semaine. Après Zily à Majunga, l’Afro-Club poursuit son exploration de la scène malgache et s’arrête à Antananarivo, plus familièrement Tana, où Denise, l’une des voix populaires de la Grande Île et figure commerciale majeure du paysage culturel du pays, reçoit l’équipe pour un entretien. La conversation s’ouvre sur « Aura », sa collaboration avec Ceasar. Sorti quelques semaines avant l’émission, le morceau s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux malgaches, porté par une chorégraphie largement reprise sur TikTok (un levier de distribution désormais incontournable), et développe un message de résilience et de dépassement de soi. L’entretien permet surtout de remonter le fil de sa carrière, chez elle, loin du format promotionnel traditionnel.

Le projet le plus significatif économiquement est entrepreneurial. Makua Festival Music, événement que Denise a créé avec Shyn et leur équipe, tiendra sa deuxième édition du 29 octobre au 1er novembre 2026 à Toamasina. Quatre jours durant lesquels une vingtaine d’artistes confirmés, de jeunes talents et des représentants de la culture traditionnelle doivent se partager la scène. La programmation annoncée réunit Rossy, Shyn, Denise, Dadi Love, Lico Kininike, Tence Mena, Basta Lion, LJO, Ceasar, Boendy, Lion Hill et Sakateboy. Denise et Shyn ne sont donc pas seulement à l’affiche : ils sont aussi opérateurs du festival. L’ambition dépasse le simple concert. Makua entend faire cohabiter artistes installés, nouvelle génération, artisanat, gastronomie et culture locale, et surtout servir de vitrine export aux talents malgaches, selon une devise qui résume la stratégie : From Madagascar to the World. Le pari est clair : transformer la scène locale en produit exportable à l’international.

Le classement hebdomadaire apporte, lui, son lot de mouvements de marché. Le Mali fait son entrée avec Yacou B OG et « Président », vingtième. À la quinzième place, l’Éthiopien Yo Mariyos célèbre « Bahir Dar », avant l’Afrique du Sud représentée par Mawelele, Kwesta et Kinglee Beats avec « Ngiyaz’fela », douzième. L’Éthiopie revient aux portes du Top 10 grâce à Veronica Adane et Rayvanny sur « Bironica », onzième. Puis l’émission glisse vers l’espace lusophone avec 12 Furos et Cleyton David et « Dorama », neuvième. Le trio Ronisia, Meryl et Shay atteint la septième position avec « Cuenta », tandis que La Fouine fait une entrée remarquée à la cinquième place avec « 1981 ». Le conducteur s’arrête volontairement à ce rang pour laisser davantage de place à Denise, en précisant toutefois qu’Ayra Starr et Zayn prennent cette semaine la tête du classement avec « Heaven Baby ».

Côté sorties, trois projets attendus dessinent les prochains mouvements de l’industrie. Au Soudan, Sulaf, chanteuse et joueuse de oud, vient de publier ABA, son premier album, le 9 octobre. Le projet puise dans la poésie soufie de son arrière-grand-père et mêle héritage musical soudanais et production contemporaine. En Côte d’Ivoire, Roseline Layo prépare DIVAS pour le 27 novembre, un projet qui réunit huit artistes féminines de six pays, parmi lesquelles Angélique Kidjo, Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara, Reine Pélagie et Aïcha Koné, autour de la diversité des cultures musicales et de la solidarité entre femmes. Enfin, à Kinshasa, Gally vient de publier ADN, son deuxième album, qui fait largement revenir la rumba congolaise au centre de son univers et organise une rencontre de générations avec JB Mpiana, Lokua Kanza et Reddy Amisi. Gally sera l’invité de l’Afro-Club le 30 octobre.

L’émission consacre également un hommage vibrant à DJ Arafat dans son jeu interactif avec les auditeurs, autour d’un extrait inversé de « Hommage à Jonathan ». Parmi les autres titres diffusés figurent « Lsk Cultr Anthem (My City My Home) » de Mix Kassamwa et « Water » de Tyla. La conversation avec Denise est ponctuée de « Tsara Joro », « All Eyes On Me », « Aminao » et « Matoky Zagnahary », tandis que les actualités de l’industrie s’accompagnent de « Sameen » de Sulaf et de « Mwana » de Gally Garvey. Reste à savoir si le pari de Makua, faire de Toamasina une plateforme d’exportation pour la musique malgache, portera ses fruits dès l’édition 2026.

Questions-réponses

Pourquoi l'étiquette Afrobeats pose-t-elle un problème commercial selon l'Afro-Club ?

Parce que cette bannière internationale, efficace pour exporter les sons du continent, peut masquer la diversité des musiques africaines et donc la valeur marchande de chacune. L'Afro-Club défend un positionnement de marché où une bannière commune facilite la découverte, l'audience et les revenus, à condition de ne pas effacer les identités musicales, chaque genre étant un marché de niche avec son propre écosystème.

Qu'est-ce que le Makua Festival Music et quel est son enjeu économique ?

C'est un événement créé par Denise avec Shyn et leur équipe, dont la deuxième édition se tiendra du 29 octobre au 1er novembre 2026 à Toamasina. Pendant quatre jours, une vingtaine d'artistes confirmés, de jeunes talents et des représentants de la culture traditionnelle se partageront la scène, aux côtés de l'artisanat et de la gastronomie. L'ambition est de servir de vitrine export aux talents malgaches, selon la devise From Madagascar to the World.

Qui figure dans la programmation annoncée du Makua Festival ?

Rossy, Shyn, Denise, Dadi Love, Lico Kininike, Tence Mena, Basta Lion, LJO, Ceasar, Boendy, Lion Hill et Sakateboy.

Quelles sorties marquent les prochains mouvements de l'industrie musicale ?

Au Soudan, Sulaf a publié ABA, son premier album, le 9 octobre, mêlant héritage musical soudanais et production contemporaine. En Côte d'Ivoire, Roseline Layo prépare DIVAS pour le 27 novembre, réunissant huit artistes féminines de six pays dont Angélique Kidjo, Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara, Reine Pélagie et Aïcha Koné. À Kinshasa, Gally vient de publier ADN, deuxième album centré sur la rumba congolaise, avec JB Mpiana, Lokua Kanza et Reddy Amisi.