Le dispositif policier du 24 octobre sera “massif”. C’est l’engagement pris mardi 20 octobre devant l’Assemblée nationale par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a reconnu que celui déployé samedi dernier était “trop statique et pas assez mobile”, après une semaine de tensions institutionnelles née des violences survenues en marge du précédent rassemblement.
C’est le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui a détaillé la doctrine retenue pour samedi, en réponse à une question de la députée RN Laure Lavalette. “Nous allons évidemment monter en gamme dans le dispositif pour le 24 octobre où la doctrine (…) sera revue en termes de moyens, en volume bien sûr, en termes de forces engagées et en termes de réactivité, de mobilité, pour aller percuter, impacter ces groupes qui dispersent les forces de l’ordre de manière (…) extrêmement planifiée”, a-t-il déclaré. Le ministre doit présenter le détail du dispositif ce jeudi.
Sur le terrain, la direction de la police a sonné le rappel général. Selon les informations de franceinfo, la police aux frontières ainsi que les formateurs de police seront mobilisés, de même que des compagnies de CRS qui ne devaient pas travailler ce week-end. Les militaires de l’opération Sentinelle, initialement positionnés devant les lieux de culte ou les bâtiments sensibles, seront redéployés en surveillance devant des commerces, afin de permettre aux policiers et gendarmes de se concentrer sur le maintien de l’ordre. L’État mobilise également l’unité d’élite du Raid, la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) et les gendarmes du GIGN, équipés des Centaures, des blindés de dernière génération, tandis que de nombreux hélicoptères survoleront les zones concernées.
Le volet administratif de la réponse gouvernementale passe par les préfets. Dans une note qui leur est adressée, consultée par franceinfo, Laurent Nuñez leur a demandé d’interdire “toutes les manifestations revendicatives de nature à troubler l’ordre public qui sont prévues pour ce samedi 24 octobre”. Le ministre précise qu’un arrêté d’interdiction devra être pris “lorsque le dialogue avec les organisateurs n’aura pas permis de créer les conditions de sécurité nécessaires”, une mesure qu’il juge “justifiée par le contexte national” et qui “devra tenir compte des circonstances locales”. Pour les rassemblements ne présentant pas de risque pour l’ordre public, il estime “impératif de privilégier des itinéraires éloignés des bâtiments publics et des rues commerçantes”.
La même note demande aux préfets de renforcer les actions de renseignement afin d’identifier “le plus précisément possible le volume de participants, notamment les plus radicaux”, et de “prendre des arrêtés périmétriques anti-regroupement pour protéger les lieux qui ont fait l’objet d’attroupements et de violences dans le cadre du mouvement du 17 octobre”. Laurent Nuñez ajoute que “des couvre-feux partiels et ciblés pourront être envisagés afin de protéger les lieux fragilisés lors des violences du week-end et les lieux qui pourraient être ciblés par les casseurs”.
Entre-temps, un représentant de la coordination des gilets jaunes du 17 octobre a indiqué mercredi avoir formellement déposé une déclaration pour manifester samedi à Paris, depuis la place de la Bastille.
Devant les députés, Sébastien Lecornu est également revenu sur la nature des débordements du week-end dernier, dénonçant “la planification, en certains endroits, d’un schéma insurrectionnel mené par des groupuscules d’extrême gauche et de l’ultragauche”. “On ne tolère pas que des groupuscules factieux puissent marcher sur l’Élysée, sur Matignon”, a-t-il affirmé.
Le chef du gouvernement a par ailleurs convoqué les représentants des partis politiques ce jeudi à 14h30. Dans un courrier adressé aux invités, il dit vouloir “revenir en transparence sur le déroulement des événements du 17 octobre, les dispositifs engagés et les difficultés rencontrées”, puis “examiner la doctrine du maintien de l’ordre et ce qu’est le rétablissement de l’ordre en contexte de violences urbaines, qui sont deux notions totalement différentes”. Il souhaite enfin que cette réunion “ouvre un échange sur la sécurisation de la campagne présidentielle”.