Le Premier ministre a convoqué pour lundi 9 novembre à Matignon une conférence sociale décisive sur le salaire minimum. Le gouvernement dispose de trois jours pour la préparer, alors que les écarts entre positions syndicales, patronales et exécutives restent considérables. La réunion devra trancher une question que l’intersyndicale à l’origine de la journée de manifestations du jeudi 5 novembre entend porter elle-même : l’octroi d’un “coup de pouce” au smic, un levier que l’exécutif n’a pas utilisé depuis juillet 2012, lorsque François Hollande venait d’arriver à l’Elysée et que la revalorisation exceptionnelle avait atteint 0,6%.
Le cadre légal encadre strictement les marges de manoeuvre des décideurs. Le smic, salaire horaire minimum en dessous duquel aucun salarié ne peut être rémunéré, s’établit actuellement à 12,31 euros brut de l’heure, soit 9,74 euros net. Pour un temps plein à 35 heures hebdomadaires, cela représente 1 867,02 euros brut mensuels, ou 1 477,93 euros net. Sa revalorisation au 1er janvier relève d’un mécanisme automatique, indexé notamment sur l’inflation hors tabac constatée pour les 20% de ménages les plus pauvres. Sur cette base, il a été augmenté de 1,18% au 1er janvier 2026, et une hausse doit encore intervenir mécaniquement au 1er janvier 2027. Une correction en cours d’année est également prévue si l’inflation dépasse 2%, comme ce fut le cas au 1er juin avec +2,41%, en raison notamment de la forte hausse des prix de l’énergie.
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Face à ce dispositif, les organisations syndicales réclament toutes un dépassement de la revalorisation automatique, mais selon des modalités différentes. La CFDT demande une hausse de 100 euros net par mois. La CGT réclame 10% en plus, soit environ 150 euros net. Force ouvrière va plus loin : “nous demandons un smic à 80% hauteur du salaire médian, soit 2 000 euros”, a affirmé son secrétaire général, Frédéric Souillot, sur le site de l’organisation. La CFTC attend elle aussi “une augmentation du smic de façon anticipée et au-delà de l’inflation”, a expliqué son président, Cyril Chabanier, invité sur franceinfo jeudi.
Les revendications syndicales ne se limitent pas au montant du minimum légal. Elles portent aussi sur les grilles de salaires des branches professionnelles, que les organisations veulent voir purgées de tout niveau inférieur au smic, assorties de sanctions financières contre les entreprises où cette situation est observée. Si les travailleurs concernés perçoivent dans tous les cas le salaire minimum, ces grilles provoquent un tassement des rémunérations : les employés peuvent progresser dans l’échelle tout en restant “collés” au salaire minimum pendant de longues années. C’est donc bien la conformité des conventions collectives au plancher légal qui se trouve au coeur du débat.
Du côté de l’exécutif, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a jugé “important”, vendredi sur TF1, d’essayer de “franchir la barre” des 1 500 euros net pour le smic mensuel. Cet objectif correspond à une hausse d’environ 1,5%, soit 22,07 euros net par mois, très en deçà des demandes syndicales.
Les organisations patronales conditionnent pour leur part toute revalorisation à un allègement des cotisations patronales. “Pour le moment, on n’a pas d’ouverture concrète sur les allègements de charges, qui permettraient de redonner de l’oxygène aux entreprises pour satisfaire à court terme les demandes de revalorisations salariales”, a déclaré vendredi le Medef à l’AFP.
Reste à savoir quel arbitrage émergera de la conférence de lundi. L’intersyndicale décidera des suites de la mobilisation à l’issue de la réunion, ce qui place le gouvernement devant une échéance resserrée : trouver un compromis acceptable pour les salariés comme pour les employeurs, ou assumer l’absence d’accord sur un dossier où chaque acteur invoque des règles, des contraintes et des responsabilités différentes.