Israël sans majorité : 57 sièges pour le bloc de Netanyahou, 47 pour l’opposition et 16 pour les deux listes arabes, selon les premiers résultats portant sur près de 42 % des urnes mercredi matin au lendemain des législatives de 2026. Ces chiffres, encore susceptibles d’évoluer, relancent l’hypothèse d’un gouvernement d’union nationale comme seule voie de sortie de la crise politique israélienne. Aucun des deux camps n’atteint les 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement.
Pour Netanyahou, malgré les bons résultats de son bloc, l’équation reste insoluble en l’état : il lui manquerait plusieurs sièges pour reconstituer une majorité parlementaire, et les possibilités de rallier de nouveaux partenaires paraissent limitées. Le principal nœud du problème se situe du côté de Gadi Eisenkot, dirigeant de Yashar. Celui-ci pourrait envisager de s’appuyer sur Ra’am, le parti arabe de Mansour Abbas, qui avait déjà participé à la coalition Bennett-Lapid en 2021. La situation se complique toutefois avec la Liste commune, l’autre grande formation arabe représentée à la Knesset, qui rassemble plusieurs courants dont certains défendent des positions difficilement conciliables avec celles des partis du centre et de la droite israélienne, notamment sur le conflit israélo-palestinien. Sans le soutien de ces députés, Eisenkot pourrait avoir beaucoup de mal à constituer une majorité.
C’est précisément dans ce contexte que l’hypothèse d’une coalition “centriste” prend tout son sens. En réunissant le Likoud, Yashar, la liste Bennett-Lapid et éventuellement Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman, une telle alliance permettrait de dégager une majorité bien plus large, sans dépendre des formations arabes ni des partis les plus radicaux. L’un des changements majeurs serait l’exclusion de l’extrême droite gouvernementale, notamment d’Itamar Ben Gvir et de ses alliés. Libéré de leur influence, un gouvernement élargi pourrait rechercher des compromis sur les questions les plus sensibles, réduire les tensions politiques internes et adopter une ligne plus modérée. Une telle évolution pourrait également contribuer à améliorer les relations d’Israël avec ses partenaires occidentaux et à atténuer certaines tensions diplomatiques.
Reste la question centrale : la direction de cette coalition. Un accord de rotation entre Netanyahou et Eisenkot pourrait constituer la clé d’un tel rapprochement, permettant aux deux dirigeants de partager la responsabilité du pouvoir tout en préservant leur position respective. La formule ne serait pas inédite. En 2020, Netanyahou avait conclu un accord similaire avec Benny Gantz, prévoyant de lui céder le poste de Premier ministre après dix-huit mois. La rotation n’avait jamais eu lieu : le gouvernement avait éclaté sur un désaccord budgétaire, Gantz accusant alors Netanyahou d’avoir délibérément empêché l’application de leur accord. Ce précédent pèserait inévitablement sur d’éventuelles négociations avec Eisenkot et poserait la question des garanties nécessaires pour assurer, cette fois, le respect des engagements.
L’obstacle demeure avant tout politique. Eisenkot, Bennett et Lapid ont construit une grande partie de leur campagne sur leur opposition à Netanyahou. Accepter de gouverner avec lui représenterait un changement de position majeur, difficile à justifier auprès de leurs électeurs. Il faudrait également s’entendre sur l’ordre de la rotation et obtenir des garanties suffisamment solides pour éviter qu’un tel accord ne vole en éclats.
Une coalition de cette nature offrirait néanmoins la possibilité de traiter plusieurs dossiers qui divisent profondément la société israélienne, de la réforme judiciaire au service militaire des ultraorthodoxes, tout en assurant une certaine stabilité. À ce stade, l’union nationale reste une hypothèse. Elle pourrait toutefois s’imposer progressivement si les résultats définitifs confirment l’impossibilité pour les deux blocs de former une majorité, et les jours à venir diront si les dirigeants israéliens choisiront cette voie étroite.