Cisjordanie : une commission d’enquête de l’ONU accuse Israël d’« extermination » et alerte sur le sort des civils palestiniens
Pour les habitants de la Cisjordanie, la vie quotidienne a changé d’échelle de violence. C’est le constat central d’une commission d’enquête indépendante de l’ONU, qui accuse Israël de crimes contre l’humanité, dont celui d’extermination, à l’encontre des Palestiniens de ce territoire occupé. Un an après avoir conclu à un génocide à Gaza, l’instance publiait lundi un rapport qui dénonce également la poursuite du génocide dans l’enclave, malgré le cessez-le-feu conclu en octobre 2025.
Additional reference context is available at https://news.un.org/fr/story/2026/10/1159725.
Les chiffres cités par les enquêteurs donnent la mesure de cette bascule. Entre 2008 et octobre 2023, six Palestiniens avaient été tués par des frappes aériennes israéliennes en Cisjordanie. En moins de trois ans depuis, ce bilan s’élève à 254 morts. Pour la commission, créée en 2021 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur les violations dans le territoire palestinien occupé, cette escalade militaire dissimule une politique visant à chasser les Palestiniens de leurs terres.
Des crimes imputés et des civils en première ligne
La commission accuse Israël d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, notamment l’extermination, la persécution, la torture, le viol et d’autres violences sexuelles. Elle estime que les opérations militaires, conjuguées aux attaques répétées de colons, forment une politique systématique de violences et de déplacements forcés contre les civils palestiniens, destinée à étendre le contrôle israélien sur les territoires occupés.
« Les meurtres et blessures infligés intentionnellement aux civils palestiniens, ainsi que la destruction de leurs habitations en Cisjordanie, conjugués au refus persistant d’Israël d’assumer ses responsabilités, s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à exterminer et déplacer les Palestiniens et à leur imposer des conditions de vie invivables », a affirmé lundi dans un communiqué Srinivasan Muralidhar, président de la commission.
Selon les enquêteurs, les autorités israéliennes n’ont pas seulement toléré les violences des colons : leur comportement indique qu’elles entendaient les intégrer aux opérations militaires dans une attaque coordonnée contre les Palestiniens. Les enfants sont particulièrement visés. La commission accuse les forces israéliennes d’avoir délibérément tué et gravement blessé des mineurs, leur infligeant aussi des traumatismes psychologiques, et qualifie ces actes de persécution fondée sur l’âge. Les violences sexuelles, notamment les viols et les atteintes aux capacités reproductives, participeraient d’une stratégie visant à soumettre, déstabiliser et déplacer la population.
Le déplacement massif des habitants illustre l’ampleur du phénomène. Depuis janvier 2025, les opérations militaires israéliennes ont provoqué le plus important déplacement de Palestiniens en Cisjordanie depuis la guerre de 1967. En août 2026, 34 176 personnes demeuraient déplacées, selon la commission. Pas plus tard que vendredi dernier, à Hébron, une opération israélienne a entraîné le déplacement forcé de plus de 2 000 Palestiniens, selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. Dans une déclaration publiée lundi, Volker Türk a dénoncé la démolition d’habitations et de commerces, ainsi que le bouclage de plusieurs quartiers, confinant de nombreux habitants chez eux. Il a jugé ces mesures « punitives » et destinées à susciter la peur, au regard notamment des déclarations de hauts responsables israéliens. « Les punitions collectives constituent une grave violation du droit international », a rappelé M. Türk.
Un avertissement international et des réponses divergentes
Cette opération renforce les inquiétudes exprimées lundi par António Guterres. En visite au Caire, le Secrétaire général de l’ONU a dénoncé l’expansion des colonies israéliennes, les expulsions incessantes et la multiplication des agressions contre les familles palestiniennes, les journalistes et les diplomates. « Nous assistons à l’instauration d’un environnement de plus en plus coercitif, où le spectre d’un nettoyage ethnique se profile avec toujours plus d’insistance », a-t-il averti.
Pour la commission, cette évolution s’inscrit dans une continuité historique remontant à la guerre de 1947-1948 : la volonté israélienne d’étendre son territoire tout en réduisant la présence palestinienne constituerait l’un des ressorts fondamentaux du conflit. Israël rejette catégoriquement ces accusations. Selon la presse, sa mission diplomatique à Genève a dénoncé lundi une campagne de désinformation destinée à diaboliser le pays et à présenter son existence même comme criminelle.
À Gaza, la commission, présidée par la juriste sud-africaine Navi Pillay, lauréate du prix Nobel de la paix 2026, maintient ses accusations : les forces israéliennes continueraient d’y commettre des actes génocidaires malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025. L’extension du contrôle territorial israélien expose notamment les civils qui s’approchent ou franchissent la « ligne jaune », une frontière de facto à l’intérieur de l’enclave délimitant les positions militaires israéliennes. Le rapport n’épargne pas non plus l’Autorité palestinienne, accusée de réprimer les voix dissidentes et de ne pas enquêter sérieusement sur les violences commises par ses forces de sécurité.
Ces conclusions d’enquêteurs indépendants ne valent pas jugement, l’instance n’étant pas une juridiction, mais elles pourraient alimenter d’éventuelles procédures judiciaires internationales. La commission réclame la fin immédiate de l’occupation israélienne, le démantèlement des colonies et la restitution des terres confisquées, conformément à l’avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de justice (CIJ).
Au Caire, M. Guterres a réaffirmé qu’aucune paix durable ne serait possible sans reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination. Les conclusions des enquêteurs soulignent toutefois une contradiction grandissante entre la diplomatie internationale, qui continue de défendre la solution à deux États, et les transformations imposées sur le terrain, qui menacent chaque jour davantage sa réalisation.