Moins de foyers sur le réseau de gaz : ceux qui restent paient plus cher

Moins de foyers sur le réseau de gaz : ceux qui restent paient plus cher

Avec la déclinic du gaz, la facture des abonnés restants s'alourdit

Pour un foyer chauffé au gaz, la facture raconte une histoire discrète : celle d’un réseau qui se vide, et dont le coût se concentre sur ceux qui restent. Chaque année, la part liée à l’acheminement du gaz augmente mécaniquement. Non pas parce que le réseau devient plus cher à faire vivre, mais parce qu’il est partagé par toujours moins de monde.

Le gaz arrive chez les abonnés par un réseau de distribution exploité en grande majorité par GRDF : canalisations sous la chaussée, branchements, compteurs, surveillance et entretien. Ce réseau coûte presque autant à faire fonctionner, qu’il serve un million de foyers ou un peu moins. Son financement repose sur le tarif d’acheminement sur le réseau de distribution, l’ATRD, inclus dans chaque facture de gaz quel que soit le fournisseur. Le calcul est simple : moins de kWh acheminés et moins d’abonnés pour un coût quasi constant signifient un prix unitaire plus élevé pour chacun. La CRE l’a écrit noir sur blanc dans sa délibération du 15 février 2024, qui fixe le tarif de GRDF pour 2024-2027.

Sur une facture, l’effet reste modeste à l’échelle d’une année. Pour un ménage qui paie 1 200 € de gaz par an, la hausse du réseau au 1er juillet 2026 représente environ 18 €, dont 6 € liés à la baisse du nombre d’abonnés et des volumes. Le montant est faible. Mais il revient chaque année tant que le réseau perd des clients, et il s’ajoute aux autres composantes de la facture. Le « facteur d’évolution » de la CRE traduit précisément cet effet : environ un tiers de la hausse du 1er juillet 2026 sert à compenser un réseau qui perd des clients et des volumes, les deux autres tiers relevant des autres paramètres de la formule tarifaire.

Ce mouvement se lit d’abord dans les ventes de matériel de chauffage. Selon Uniclima, le syndicat des industries thermiques, les ventes de chaudières gaz et fioul ont reculé de 41 % entre 2021 et 2025, alors que 179 377 pompes à chaleur air-eau ont été vendues en 2025. La France est devenue le premier marché européen de la pompe à chaleur, selon le premier Heat Pump Monitor de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Derrière ces chiffres, plusieurs tendances réduisent en même temps le nombre d’abonnés et la consommation de chacun. Le remplacement des chaudières par des pompes à chaleur fait disparaître un abonné, ou réduit sa consommation à la cuisson. La rénovation énergétique baisse les besoins de chauffage des logements restés au gaz. La RE2020, la réglementation des constructions neuves, écarte de fait les chaudières du neuf. Les hivers doux et la sobriété adoptée depuis la crise des prix de l’énergie jouent aussi. Les chiffres nationaux confirment la pente : la consommation brute de gaz en France est passée de 361 TWh en 2024 à 350 TWh en 2025, soit 3 % de moins. À l’échelle européenne, le rapport de l’AIE attribue aux pompes à chaleur une large part du recul de la demande de gaz des bâtiments depuis 2019.

Pour un foyer, quitter le gaz a un prix d’entrée. La pose d’une pompe à chaleur peut coûter plus cher que la machine, et remplacer une vieille chaudière gaz reste un arbitrage. Quitter le réseau, c’est aussi ne plus payer l’abonnement ni l’acheminement. Les aides existent, sous conditions : MaPrimeRénov’ et la prime CEE exigent une pose par un professionnel RGE et un modèle éligible, à vérifier avant d’acheter.

La tendance est appelée à durer. GRDF prévoit 65 % de raccordements de particuliers en moins sur 2024-2027, et les maisons neuves se tournent vers la pompe à chaleur, y compris dans sa version hybride. Chaque nouvelle période tarifaire devra donc répartir un réseau presque inchangé sur une base qui rétrécit.

Pour ceux qui restent au gaz, le tarif du réseau est le même pour tous les fournisseurs : les marges de manœuvre se trouvent sur la part fourniture, l’abonnement et l’usage. Quatre réflexes permettent de limiter l’effet de la hausse. Comparer le prix du kWh de son offre au prix repère de vente du gaz, fixé à 0,1456 € par kWh TTC en octobre 2026 pour un logement chauffé au gaz. Changer d’offre si elle est plus chère, un changement de fournisseur gratuit qui ne coupe pas l’alimentation. Regarder le poids de l’abonnement : pour un foyer qui n’utilise plus le gaz que pour la cuisson ou l’eau chaude, la part fixe pèse proportionnellement bien plus lourd. Enfin, faire le compte avant de garder un contrat pour la seule cuisson, puisque la résiliation du contrat de gaz supprime l’abonnement, et avec lui la part du réseau.

Au bout du compte, l’enjeu pour un ménage n’est pas de quitter le gaz dans l’urgence. Il est de savoir ce qu’il paie : une part réseau qui augmente mécaniquement, une part fourniture qui se compare, et un abonnement dont le poids grandit à mesure que la consommation baisse. La question qui reste ouverte, pour chaque foyer, est de savoir à partir de quel moment le coût de rester raccordé dépasse celui de partir.

Questions-réponses

Pourquoi la part réseau de la facture de gaz augmente-t-elle alors que le service ne change pas ?

Les coûts du réseau de distribution (canalisations, branchements, compteurs, entretien) restent quasi constants, mais sont partagés entre de moins en moins d'abonnés. Le tarif d'acheminement (ATRD) inclus dans chaque facture augmente donc pour chacun.

Qu'est-ce qui réduit le nombre d'abonnés au gaz ?

Le remplacement des chaudières par des pompes à chaleur, la rénovation énergétique, la RE2020 qui écarte les chaudières du neuf, ainsi que les hivers doux et la sobriété adoptée depuis la crise des prix de l'énergie.

Combien coûte concrètement la hausse du réseau au 1er juillet 2026 à un ménage ?

Environ 18 €, dont 6 € liés à la baisse du nombre d'abonnés et des volumes. Le montant reste faible, mais il revient chaque année tant que le réseau perd des clients.

Que peut faire un foyer pour limiter l'effet de la hausse ?

Comparer son prix du kWh au prix repère de vente du gaz (0,1456 € par kWh TTC en octobre 2026), changer d'offre si elle est plus chère (changement gratuit sans coupure), surveiller le poids de l'abonnement, et envisager la résiliation si le gaz ne sert qu'à la cuisson.

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