Les fermiers du Kansas, pilier historique de l’électorat républicain, chiffrent désormais les pertes de la politique de Donald Trump à quelques heures des élections de mi-mandat de mardi, qui renouvellent la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. De nombreux sondeurs prédisent une vague démocrate. La facture de l’inflation, de la guerre en Iran et de la hausse des tarifs douaniers pèse lourd dans le vote agricole.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nick Levendofsky, trentenaire et cinquième génération de sa famille à travailler la terre dans les Grandes Plaines du Kansas, a dépensé 10 000 dollars de diesel et d’essence pour la récolte le mois dernier, soit probablement le double d’auparavant. Une simple pompe à essence pour sa moissonneuse-batteuse lui a coûté 950 dollars, là où il estime qu’elle ne devrait pas dépasser 150 dollars. Sur sa ferme familiale, il cultive soja, blé d’hiver, maïs et sorgho, et son père Fred nourrit chaque jour 150 vaches de race Angus.
Face à cette inflation des coûts d’exploitation, le dirigeant de l’Union des fermiers du Kansas reste sceptique devant les promesses de la Maison Blanche. « Ils n’arrêtent pas de balancer des idées, comme cette aide de huit milliards pour compenser les prix de carburant et le reste. Mais si on ajoute cela aux 12 milliards déjà donnés il y a un an, cela ne représente que 20 milliards. Et les agriculteurs ont perdu plus du double depuis son retour au pouvoir. C’est juste de l’argent pour que les gens se tiennent tranquilles. Cela ne règle pas le problème », résume-t-il. Son calcul est simple : les subventions, même cumulées, ne couvrent qu’une fraction des pertes subies par le secteur.
Le financement promis par le président ne dissuade pas ce fermier, presque décidé à voter démocrate cette fois. « Je pense que c’est une politique ratée, une politique à l’envers. Trump disait toujours, l’Amérique d’abord, je vais m’occuper des fermiers, j’aime les fermiers. Il nous appelle des patriotes. Et que nous devons accepter des sacrifices à court terme pour des bénéfices à long terme. Mais quels bénéfices ? », s’interroge-t-il.
À trois heures de route à l’est, sur les champs de soja de Jack Geiger, le même constat économique domine. Cet agriculteur de 55 ans, dont la famille exploite ces terres depuis le 19ème siècle, accélère la moisson avant la pluie annoncée en soirée, et pointe surtout l’envolée des coûts de carburant. « Les contrats qui sont proposés actuellement se situent tous dans une fourchette de prix qui a beaucoup augmenté », explique-t-il, avant d’ajouter que les réparations de machines s’alourdissent elles aussi. Son camion est en panne, il doit emprunter celui de son frère. « Je suis sûr que quand j’aurai la facture de réparation, elle aura augmenté, l’inflation touche tout ! »
Parmi les causes qu’il identifie figurent la guerre en Iran, les taxes et les tarifs douaniers. Lui-même limite les dégâts en produisant bio, avec des céréales à valeur ajoutée, mais il redoute les limites de la tolérance des électeurs face à un préjudice économique. « Nous, Américains, nous avons une très faible tolérance à tout ça. Quand on inflige un préjudice économique aux gens, ils l’acceptent jusqu’à un certain point. Et après, terminé ! », avertit celui qui s’est présenté comme « indépendant » pour un siège à la Chambre des représentants dans son district cette année.
Signe que ce revirement inquiète la majorité sortante, Donald Trump a multiplié les déplacements dans le Kansas ces dernières semaines et a tenu un ultime meeting hier à Salina, en plein cœur de l’État et de ses grandes plaines agricoles. Un effort de terrain qui souligne l’enjeu : dans un secteur exposé au double choc des coûts d’exploitation et des pertes de revenus, les promesses d’aides ne suffisent plus à rassurer des exploitants qui comparent, chiffres en main, ce qu’ils perdent à ce qu’on leur propose.