La police a interpellé le tueur rapidement et courageusement. Deux cents enquêteurs ont été mobilisés pour instruire le dossier de l’attentat raciste de Trappes. L’Assemblée nationale, elle, a rendu hommage aux victimes à l’unanimité. Sur cette chaîne opérationnelle, rien n’a cherché à relativiser l’horreur ni à taire le mobile raciste de l’attaque. C’est ce constat factuel, rappelle la chroniqueuse Charlotte d’Ornellas, que la controverse qui a suivi risque d’éclipser.
Car dès les heures qui ont suivi le drame, une autre mécanique s’est mise en route : celle d’un procès en responsabilité des sphères politiques et médiatiques, accusées d’avoir armé le bras du tueur. Emmanuel Macron a dénoncé un « racisme d’atmosphère » qu’il attribue à l’alimentation par le Rassemblement national, visant sans doute l’opposition de longue date du parti à la politique française d’immigration et ses dénonciations régulières de la surreprésentation étrangère dans la délinquance.
La chroniqueuse note toutefois un angle mort dans ce récit. Le chef de l’État avait lui-même été accusé d’alimenter ce climat lorsqu’en 2018 son gouvernement tentait de faire passer sa loi immigration. Il avait aussi rappelé, en 2022, qu’à Paris « au moins la moitié des faits de délinquance » provenaient d’étrangers, tout en précisant que cela ne constituait pas « un lien existentiel entre immigration et insécurité ». La nuance, observe l’article, est donc possible, y compris au sommet de l’État.
Plusieurs figures de La France insoumise ont pointé, dans le même sens, la responsabilité du gouvernement et de la majorité présidentielle dans un « matraquage raciste » jugé responsable de l’attentat. Leurs pièces à conviction ? La loi immigration et l’interdiction de l’abaya. Le diagnostic global tient en trois mots d’époque : un pays raciste, une police raciste, un racisme « systémique » ou « d’atmosphère ». Sur le terrain, pourtant, les réponses institutionnelles racontent une autre histoire. L’interpellation a eu lieu. L’hommage a été unanime. L’enquête est massive.
C’est le deuxième volet de cette logique accusatrice qui intrigue le plus la chroniqueuse. Le suspect, Kévin T., n’a pas seulement revendiqué le racisme comme mobile : il a affirmé aux enquêteurs avoir choisi Trappes parce que la ville serait un « repaire d’islamistes ». Si ce raisonnement tenait, la liste des suspects s’allongerait sans fin, jusqu’à englober tous ceux qui ont documenté, depuis vingt ans, la progression de l’islamisme dans cette commune.
Fallait-il incriminer L’Humanité, qui publiait en 2003 « À Trappes, l’islamisme tisse sa toile » ? France 2, qui consacrait quelques mois plus tard un « Envoyé spécial » à « Trappes à l’heure de la prière » ? L’inspecteur général Jean-Pierre Obin, qui s’attardait sur les Yvelines dans son rapport de 2004 sur la situation des écoles face au communautarisme islamiste ? M6, dont l’« Enquête exclusive » de 2016 s’intitulait « Trappes, bastion français du djihadisme » ? France Info et France Inter, qui titraient dans les mêmes termes quelques mois plus tard ? Paris Match, qui signait un grand reportage sur les dizaines de départs pour la Syrie partis de Trappes ? Le Figaro, qui reliait le surnom « Trappistan », forgé par les services de renseignement, à la ville ? Et que dire des grands reporters du Monde Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, auteurs d’un livre consacré à la commune, La Communauté, ou de L’Express, qui titrait en 2021 sur « trois rapports confidentiels sur le communautarisme à Trappes » ?
Tous responsables ? Ou plutôt l’existence d’une réalité rapportée par ces médias, qui n’ont jamais laissé entendre qu’il faudrait tuer des Français au hasard, en fonction de leur apparence, pour régler ce problème ? Le drame de Trappes n’efface malheureusement pas, conclut l’article, l’existence d’une autre menace, largement concurrente dans l’horreur, et qui a déjà endeuillé tant d’autres familles françaises. Reste à savoir si le débat public saura distinguer ce qui a fonctionné de ce qui, précisément, n’a pas eu lieu.