Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a affirmé mercredi sur France Inter qu’il ne se laisserait pas intimider, après avoir été accusé de «haute trahison» par Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle. Derrière la polémique, c’est le pouvoir d’achat quotidien des Français et le financement des services publics qui sont en jeu.
La controverse a éclaté mardi. Jean-Luc Mélenchon a écrit sur X que «le banquier central français, ancien collaborateur direct de Macron, prend publiquement parti contre son pays à l’étranger en appelant implicitement les spéculateurs à sanctionner la France à cause de mes propositions» de «foutre la dette au feu». Le gouverneur a vivement contesté cette analyse dès le lendemain.
Pour défendre son indépendance, Emmanuel Moulin a invoqué un précédent étranger: «Jusqu’à présent, je ne connaissais qu’un seul pays où on cherchait à intimider le banquier central, c’est l’Amérique de Trump avec Jay Powell. Donald Trump a menacé Jay Powell pour le faire taire», a-t-il déclaré. Et d’affirmer: «Je ne me laisserai pas intimider, je continuerai à dire ce que je pense dans le cadre de mon mandat dans l’institution que je préside. […] J’ai été nommé pour 6 ans, je suis indépendant, je continuerai à poursuivre ma mission».
Au-delà de l’échange d’accusations, le gouverneur a surtout adressé un message aux citoyens et à leurs représentants. Selon lui, la situation économique est «compliquée depuis l’été», dans un contexte marqué par la hausse des taux d’intérêt dans tous les pays développés, la persistance du conflit au Moyen-Orient et les craintes sur l’inflation. «La situation est grave, mais nous pouvons agir en votant un budget qui ne dépasse pas un déficit de 5%», a-t-il poursuivi. Adopter un budget d’ici la fin d’année constitue, selon lui, le «premier acte […] très important», «pour rassurer les marchés ainsi que les Français».
Concrètement, Emmanuel Moulin a détaillé ce qu’il attend des parlementaires. «Le gouvernement a proposé un budget avec 5% de déficit, ce n’est pas très ambitieux mais c’est réaliste. C’est vraiment la limite haute du déficit qu’il faut accepter pour 2027», s’est-il exprimé, alors que le dérapage de 2026 est essentiellement lié, selon lui, à la baisse de la croissance. Sur ce sujet, «chacun doit prendre ses responsabilités».
L’enjeu dépasse la simple discipline budgétaire et touche directement les services publics dont dépendent les Français. Si les parlementaires ne parviennent pas à un accord, le premier risque serait que la France «consacre de plus en plus de recettes fiscales à la charge de la dette», au point de ne plus pouvoir «financer d’autres priorités» comme l’Éducation ou la Défense, pointe le gouverneur.
Les ménages et les entreprises seraient aussi exposés. La hausse des taux aurait d’importantes conséquences pour les taux des entreprises et des particuliers. «Aujourd’hui, ils restent à des taux raisonnables, à 3,30%, mais il pourrait augmenter fortement», craint Emmanuel Moulin.
Reste à savoir si les responsables politiques entendront cet avertissement. En défendant farouchement son indépendance face aux attaques du candidat insoumis, le gouverneur a voulu rappeler que sa mission consiste à préserver la stabilité économique du pays, dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens.