Barrage de Volobe : deux millions de Malgaches en ligne de mire

Barrage de Volobe : deux millions de Malgaches en ligne de mire

Un projet hydroélectrique qui pourrait éclairer la vie de deux millions d'habitants

Deux millions de Malgaches pourraient voir leur quotidien transformé d’ici 2030. C’est ce que promet le barrage hydroélectrique de Volobe, dont les accords décisifs ont été signés ce 30 septembre 2026, sous le haut patronage du président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM) et en présence des ambassadeurs de l’Union européenne et de la France, principaux bailleurs du projet aux côtés de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Banque mondiale.

Pour les habitants de la Grande Île, l’enjeu dépasse largement le symbole. L’accès à l’électricité y demeure l’un des principaux freins à la croissance, et le manque d’électricité freine le développement industriel. Implantée sur la rivière Ivondro près de Tamatave, le principal port de Madagascar, la centrale affichera une puissance installée de 120 MW et une production annuelle estimée à 750 GWh. Soit environ 35 % de capacité supplémentaire pour la production électrique du pays, un État en très net déficit énergétique. Sa mise en service est envisagée à l’horizon 2030.

Le chantier sera mené par la Compagnie Générale d’Hydroélectricité de Volobe (CGHV), un consortium réunissant le groupe malgache Axian Energy, le français EDF et la plateforme panafricaine Africa50. Depuis l’entrée d’EDF en avril 2025, à la suite du retrait du norvégien Scatec et du français Colas, le capital se répartit entre Axian (37,5 %), EDF (37,5 %) et Africa50 (25 %). EDF participera ainsi à la construction du plus grand barrage hydroélectrique de Madagascar.

Derrière les kilowattheures se dessine aussi une partie géopolitique. Avec une contribution de 212 millions d’euros, Bruxelles confirme sa volonté de rester le partenaire de référence de Madagascar dans le domaine des infrastructures stratégiques. L’Union européenne financera également la ligne de transmission (PIRTEM), indispensable à l’intégration de la future production dans le réseau national. Dans un contexte où la Chine, l’Inde, les pays du Golfe et les puissances occidentales multiplient les initiatives dans l’océan Indien, Volobe apparaît comme bien davantage qu’un simple barrage : il constitue un marqueur du retour européen dans le financement des infrastructures africaines, à travers la stratégie Global Gateway, conçue comme une réponse aux Nouvelles Routes de la Soie chinoises. Pour Bruxelles et Paris, soutenir le projet revient à sécuriser leur présence dans un espace maritime devenu essentiel pour les routes commerciales mondiales, la sécurité énergétique et les équilibres géopolitiques régionaux.

Cette signature est aussi l’aboutissement d’un très long chemin. L’histoire de Volobe reflète les lenteurs structurelles qui caractérisent les grands projets d’infrastructures à Madagascar : dix ans de négociations et de recompositions. Un premier mémorandum d’entente entre la CGHV et l’État malgache avait été signé en 2016, sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina. L’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina en 2019 a toutefois entraîné une renégociation du projet, jugé insuffisamment abouti. Au cœur des désaccords figurait notamment le prix de vente de l’électricité. Plusieurs accords successifs ont ensuite été conclus en 2023 et 2024, le plus récent ayant été signé lors de l’assemblée générale annuelle d’Africa50 en septembre 2024. Cette longue maturation témoigne à la fois de la complexité financière du projet et des enjeux stratégiques qu’il représente pour les partenaires internationaux engagés à Madagascar.

Le projet met également en lumière l’émergence d’acteurs africains capables de jouer un rôle moteur dans les grands investissements continentaux. Fondé par la famille Hiridjee et dirigé par Hassanein Hiridjee, le groupe Axian s’est imposé comme l’un des principaux conglomérats panafricains, présent dans les télécommunications, les services financiers, l’énergie, l’immobilier et les nouvelles technologies. De son côté, Africa50, plateforme créée à l’initiative des chefs d’État africains et de la Banque africaine de développement (BAD), poursuit sa stratégie visant à mobiliser les capitaux publics et privés autour de projets d’infrastructures à fort impact économique. Volobe constitue à cet égard l’un de ses investissements emblématiques dans l’océan Indien.

Pour les autorités malgaches, il s’agit désormais de transformer un projet longtemps resté à l’état de promesse en levier concret de souveraineté énergétique et de développement économique. Le barrage de Volobe apparaît, à ce titre, comme un test grandeur nature pour tout le pays. Reste à savoir si les deux millions de Malgaches visés verront réellement la lumière d’ici 2030.

Questions-réponses

Qui bénéficiera du barrage de Volobe et quand ?

Deux millions de Malgaches pourraient voir leur quotidien transformé d'ici 2030, date de mise en service envisagée pour la centrale.

Quelle capacité le barrage apportera-t-il ?

Une puissance installée de 120 MW et une production annuelle estimée à 750 GWh, soit environ 35 % de capacité supplémentaire pour la production électrique du pays.

Qui construit et finance le projet ?

Le chantier est mené par la CGHV, consortium réunissant Axian Energy (37,5 %), EDF (37,5 %) et Africa50 (25 %). L'Union européenne contribue à hauteur de 212 millions d'euros et finance la ligne de transmission PIRTEM, avec la France, la BEI et la Banque mondiale comme partenaires.

Pourquoi le projet a-t-il mis dix ans à aboutir ?

Après un premier mémorandum d'entente signé en 2016 sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, l'arrivée d'Andry Rajoelina en 2019 a entraîné une renégociation, notamment sur le prix de vente de l'électricité, suivie d'accords successifs en 2023 et 2024.

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