Le gouvernement américain a transféré jeudi 8 octobre environ 12 267 BTC, soit près de 1,01 milliard de dollars, selon la plateforme d’analyse Lookonchain. Ces bitcoins proviennent des saisies liées au piratage de Bitfinex. Ils ont été envoyés vers des portefeuilles non identifiés, sans qu’aucune preuve de vente ait été établie. L’opération s’inscrit dans une série de mouvements qui interroge la capacité de Washington à gérer, et éventuellement à mobiliser, ses réserves numériques.
D’autres flux ont par ailleurs été repérés vers Coinbase Prime, un service de garde et d’exécution destiné aux investisseurs institutionnels. Lookonchain évoque au total 17 733 BTC et 750 WBTC déplacés en trois jours, sans préciser si ce décompte inclut les 12 267 BTC déjà mentionnés. Selon Arkham, qui identifie les détenteurs de cryptomonnaies sur la blockchain, le gouvernement américain détiendrait encore 306 795 BTC. Le traitement éditorial de ces mouvements a été relayé par Cryptoast, dont le dossier est accessible à cette adresse : https://cryptoast.fr/gouvernement-americain-transfere-bitcoins-coinbase-prime-chute-btc/
Ces opérations interviennent dans un contexte de marché tendu. En trois jours, le cours du Bitcoin a reculé de 6,9 %, passant brièvement sous les 81 000 dollars. Ce vendredi matin, il s’établit autour de 82 536 dollars, en baisse de 4 % sur une semaine. La chute a déclenché d’importantes liquidations de positions à effet de levier : le 8 octobre, elles ont atteint 14 505 BTC, soit environ 1,17 milliard de dollars, un niveau inédit depuis début juin. Ces ventes forcées ont pu accentuer la pression baissière, même si rien ne permet d’affirmer que les transferts gouvernementaux en sont la cause. Un dépôt sur Coinbase Prime ne signifie pas nécessairement une vente : les actifs peuvent être conservés ou déplacés dans le cadre d’opérations institutionnelles.
Sur le plan opérationnel, la question centrale concerne le cadre d’exécution fixé par la réserve stratégique américaine de Bitcoin, officialisée par Donald Trump le 6 mars 2025. Le décret prévoit que les BTC définitivement confisqués et intégrés à cette réserve ne doivent pas être vendus. Des exceptions existent toutefois, notamment pour restituer des fonds aux victimes, respecter une décision de justice ou financer certaines opérations autorisées. Le dossier Bitfinex pourrait précisément relever de ces exceptions, puisqu’une partie des bitcoins saisis doit servir à indemniser les victimes du piratage. Autrement dit, les mouvements observés peuvent relever d’une logistique de restitution ou de gestion plutôt que d’une cession de réserves.
Un précédent éclaire aussi la situation. En juillet 2024, deux jours après que Donald Trump avait promis, lors de la conférence Bitcoin de Nashville, de conserver les réserves américaines, environ 2 milliards de dollars en BTC avaient quitté des portefeuilles fédéraux, sous la présidence de Joe Biden. Aujourd’hui, ces transferts surviennent à moins d’un mois des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre. Certains analystes évoquent une possible dimension politique, mais aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse.
L’essentiel, pour qui suit l’exécution concrète de la politique américaine en matière de cryptomonnaies, tient en ceci : des milliards de dollars d’actifs saisis circulent entre portefeuilles fédéraux et infrastructures institutionnelles comme Coinbase Prime, dans un cadre légal qui autorise des mouvements sans vente. Tant qu’aucune cession n’est confirmée, ces opérations relèvent de la gestion d’inventaire plutôt que d’un changement de doctrine. La prochaine étape consistera à observer si ces bitcoins restent immobilisés ou rejoignent effectivement le marché, ce qui tranchera entre simple logistique de conservation et desserrement réel des réserves fédérales.