Déplacement au Soudan : 5 stratégies de survie en Égypte

Déplacement au Soudan : 5 stratégies de survie en Égypte

Depuis l'éclatement du conflit en avril 2023, la guerre au Soudan a poussé plus de 10 millions de personnes hors de chez elles. Parmi elles, plus de 200 000 ont fui vers l'Égypte, à la recherche de sécurité, de stabilité et d'une chance de reconstruire leur vie. Mais l'exil est loin d'être facile. Face à un statut juridique précaire, un accès limité au travail et des services publics sous pression, les Soudanais déplacés s'en sortent grâce à leur résilience, leur ingéniosité et leurs liens communautaires.

Cette crise du déplacement causé par la guerre au Soudan n'est pas seulement une histoire de pertes — c'est aussi un témoignage de l'adaptabilité humaine. Dans des villes comme Le Caire, Assouan et Assiout, les réfugiés soudanais développent des stratégies de survie qui leur permettent de tenir, de se soutenir mutuellement et même d'apporter quelque chose à leurs communautés d'accueil.

Pour une analyse approfondie des dimensions humaines et sociales de la crise au Soudan, consultez African Arguments – Critical Perspectives on Africa.

Le chemin vers l'Égypte : un refuge fragile

De Khartoum au Caire : une fuite périlleuse

La route vers l'Égypte, pour les déplacés de la guerre au Soudan, est longue et dangereuse. Beaucoup de réfugiés marchent pendant des jours à travers le désert de Nubie, souvent à pied ou entassés dans des camions, exposés à la déshydratation, aux bandits et aux arrestations arbitraires.

Selon un rapport 2025 de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) (*source ici*), plus de 60 % des réfugiés soudanais arrivant en Égypte disent avoir subi des violences ou une exploitation pendant leur trajet.

Sur notre espace dédié à la crise des réfugiés soudanais, nous revenons sur les risques et la résilience des communautés déplacées le long du corridor Soudan-Égypte.

Des droits limités dans le pays d'accueil

Bien que l'Égypte n'ait pas signé la Convention de 1951 sur les réfugiés, elle a toujours accordé une protection humanitaire aux ressortissants soudanais. Mais les Soudanais déplacés sur son territoire font face à des restrictions sévères : sans permis spécial, ils n'ont pas accès à l'emploi formel, à l'éducation publique ni aux soins de santé d'État.

La plupart s'en remettent au travail informel, aux écoles privées et aux cliniques caritatives. L'absence de documents légaux les expose aussi aux arrestations, aux expulsions et à l'exploitation au travail.

« Nous sommes à l'abri des bombes, mais pas de la peur », a confié un enseignant déplacé au Caire. « Chaque jour, on s'inquiète pour les papiers, le loyer, l'avenir de nos enfants. »

5 stratégies de survie en Égypte

Stratégie n° 1 : travail informel et économie à la tâche

Face au déplacement causé par la guerre au Soudan, la réponse en Égypte repose en grande partie sur l'économie informelle. Les hommes travaillent souvent comme journaliers, chauffeurs ou agents de sécurité, tandis que les femmes se tournent vers les travaux domestiques, la couture ou la vente de nourriture.

Ces derniers mois, de plus en plus d'entre eux se tournent vers les plateformes numériques à la tâche — conduite pour Uber, livraison de repas, traduction ou cours particuliers en ligne. Ces emplois offrent de la flexibilité et un paiement direct, sans avoir à passer par les obstacles bureaucratiques.

« J'étais professeur d'université », a dit un homme à Assouan. « Maintenant je conduis un tuk-tuk. Mais au moins je peux nourrir ma famille. »

Stratégie n° 2 : réseaux de soutien communautaire

L'un des atouts les plus puissants face au déplacement causé par la guerre au Soudan, c'est la communauté soudanaise elle-même. Au Caire, des associations informelles — les *jam'iyyat* — organisent la distribution de nourriture, l'hébergement d'urgence et des conseils juridiques.

Ces réseaux fonctionnent sur la confiance et l'identité commune. Ils sont souvent plus efficaces que les ONG internationales, parce qu'ils comprennent les nuances culturelles et peuvent réagir rapidement face aux besoins urgents.

« Quand quelqu'un se fait descendre chez lui, on réunit l'argent en une journée », a dit un chef communautaire. « On n'attend pas les agences d'aide. »

Stratégie n° 3 : l'éducation comme acte de résistance

Les écoles publiques étant inaccessibles, les familles déplacées créent leurs propres systèmes éducatifs. Dans des sous-sols d'immeubles et des salles de mosquée, des enseignants soudanais animent des écoles informelles pour les enfants, où ils enseignent l'arabe, les mathématiques et l'histoire.

Ces écoles ne servent pas qu'à apprendre — elles apportent une structure, un cadre sécurisant et un sentiment de normalité. Pour beaucoup de parents, faire continuer leurs enfants à étudier, c'est un acte de défi face à la guerre.

« Si on perd l'éducation, on perd l'avenir », a dit une mère à Maadi. « On ne laissera pas la guerre effacer l'esprit de nos enfants. »

Stratégie n° 4 : initiatives économiques menées par des femmes

Les femmes sont en première ligne de l'économie de survie liée au déplacement causé par la guerre au Soudan. Dans des quartiers comme Shubra et Nasr City, elles ont lancé de petites entreprises — traiteur, artisanat — souvent gérées depuis chez elles.

Ces activités vont au-delà de simples sources de revenus — ce sont des espaces de solidarité. Les femmes partagent leurs ressources, s'occupent mutuellement des enfants et se soutiennent moralement, créant une économie parallèle fondée sur l'entraide et la résilience.

« On ne fait pas que survivre — on mène la barque », a dit une traiteure qui emploie cinq autres femmes déplacées. « Notre cuisine rassemble les gens. C'est un petit acte de paix. »

Stratégie n° 5 : connectivité numérique et télétravail

Malgré leur déplacement, beaucoup de Soudanais en Égypte restent connectés au numérique. Grâce à leurs smartphones et aux données mobiles abordables, ils accèdent à des cours en ligne, des plateformes de freelance et des réseaux de la diaspora soudanaise à travers le monde.

Certains ont lancé des activités à distance — design graphique, rédaction de contenu ou assistance virtuelle — pour des clients du Golfe, d'Europe et d'Amérique du Nord.

« Internet, c'est mon bureau », a dit une jeune femme au Caire. « Tant que j'ai le Wi-Fi, j'ai de l'espoir. »

Le rôle de la recherche et du plaidoyer

Des voix du terrain : les chercheurs soudanais prennent la parole

Le récit du déplacement causé par la guerre au Soudan est en train d'être réécrit par des chercheurs soudanais eux-mêmes — dont beaucoup sont déplacés. À travers la *Sudan War series* d'African Arguments, ils documentent leurs propres expériences, remettent en cause les stéréotypes et proposent des solutions.

Leur travail met en lumière la capacité d'action des réfugiés — non pas comme des victimes passives, mais comme des innovateurs, des organisateurs et des leaders au sein de leurs communautés.

« On ne souffre pas seulement — on réfléchit, on résiste, on reconstruit », a dit le Dr Amira Eltayeb, contributrice à la série.

Un nouveau modèle d'engagement humanitaire

La collaboration entre CEDEJ-K, SNAC et African Arguments marque une évolution vers la recherche participative. Au lieu d'observateurs extérieurs qui analysent la crise, ce sont les communautés concernées qui mènent la discussion.

Ce modèle garantit que les politiques et les programmes d'aide s'appuient sur la réalité, et non sur des suppositions. Il permet aussi aux déplacés de reprendre le contrôle de leur propre récit et d'influencer les décideurs.

« Le monde académique doit arrêter de parler *de* nous et commencer à parler *avec* nous », a dit un jeune chercheur originaire de Khartoum, aujourd'hui basé au Caire.

Les défis et la voie à suivre

Malgré la résilience remarquable de la communauté des déplacés soudanais en Égypte, des défis systémiques persistent. L'absence de titre de séjour et de permis de travail maintient les réfugiés dans une situation de précarité.

La pression monte sur le gouvernement égyptien et ses partenaires internationaux pour qu'ils accordent un statut de protection temporaire et élargissent l'accès à l'emploi formel et à l'éducation.

« On ne veut pas la charité — on veut des droits », a dit un ingénieur déplacé. « Laissez-nous travailler, laissez-nous contribuer. »

Vers la dignité et des solutions durables

L'aide humanitaire est indispensable, mais elle ne suffit pas. L'avenir des déplacés soudanais en Égypte dépend de politiques qui reconnaissent leur dignité, leurs compétences et leur potentiel.

Les programmes de microfinance, l'aide juridique et l'intégration dans les économies locales peuvent transformer la simple survie en durabilité. La coopération régionale et le financement international sont essentiels pour soutenir ces efforts.

« Nous ne sommes pas temporaires », a dit un organisateur communautaire. « Nous construisons des vies — ici, maintenant et pour l'avenir. »

Source de l'article : https://africanarguments.org