Belfort : deux adolescents jugés après l'agression d'un policier

Belfort : deux adolescents jugés après l'agression d'un policier

Deux lycéens de Courbet jugés pour l'agression d'un policier à Belfort.

Un lycéen devait être interpellé au bord d’une rivière asséchée à Belfort. Deux jours plus tard, un commandant de police se remet d’une agression violente, et deux adolescents répondent de leurs actes devant la justice. Entre les deux, une accusation de tentative de noyade relayée sur les réseaux sociaux, une vidéo, et des versions qui s’affrontent, laissant des familles et un quartier lycéen au cœur d’une affaire qui dépasse largement les abords du lycée Courbet.

Tout a commencé ce vendredi 2 octobre, en marge d’une manifestation lycéenne aux abords de l’établissement. Des violences ont éclaté entre jeunes et forces de l’ordre, et un policier a notamment été passé à tabac. Sur les réseaux sociaux, une vidéo laissait entendre que ce commandant aurait maintenu la tête d’un jeune homme dans l’eau lors de son interpellation, juste avant l’agression. Une version démentie par le procureur de la République de Belfort, Paul-Édouard Lallois, qui s’est exprimé ce dimanche lors d’une conférence de presse, comme le rapporte https://www.bfmtv.com/police-justice/interpellations-accusations-de-noyade-profil-des-suspects-le-point-du-procureur-sur-l-agression-du-policier-a-belfort_AV-202610040333.html

Selon le procureur, l’agent cherchait à interpeller un lycéen “au motif que l’individu était déjà précédemment identifié”, notamment lors de précédentes journées de manifestation. Le jeune homme se trouvait alors près du lit d’une rivière en contrebas, un lieu que Paul-Édouard Lallois décrit comme “un lieu de repli des casseurs”. Le policier a indiqué avoir plaqué le jeune homme face contre l’eau et avoir commencé le menottage d’un poignet. Pour le procureur, aucun risque de noyade n’existait, ce cours d’eau étant “asséché en cette période de sécheresse”. “Là où l’eau est la plus profonde, il y a 19cm, c’est moins que la largeur d’une feuille de papier A4”, a-t-il déclaré en brandissant une feuille.

L’adolescent, lui, a expliqué en garde à vue qu’il se trouvait à cet endroit non pas pour se ravitailler en projectiles, en cailloux, mais pour se laver les mains, car il avait un œuf dans la main. Il a toutefois reconnu avoir lancé des cailloux vers les policiers le matin même, selon le procureur. Interrogé par les enquêteurs sur la question de savoir s’il pensait que le policier avait tenté de le noyer, il “a répondu par la négative”. Une affirmation aussitôt contredite par l’avocat de l’adolescent, Arié Alimi, qui soutient que “le procureur a menti” et a porté plainte pour tentative de meurtre.

Le récit du procureur se poursuit au bord de la rivière. Constatant que d’autres individus se rapprochaient, le policier aurait progressé dans le lit de la rivière pour sortir de cette cuvette “avec le maximum de conditions de sécurité”. D’après les vidéos en ligne, confirmées par le parquet, l’agent en civil aurait alors été “rapidement pris à partie” par un groupe de jeunes. Les premières investigations ont établi qu’un individu est arrivé dans son dos pour lui porter un violent coup, avant qu’il ne soit roué de coups, notamment au visage. Le lycéen qui devait être interpellé a reconnu les violences commises sur le commandant. “Je ne sais pas si c’est à cause de l’adrénaline, je lui ai mis deux coups de pied dans la tête”, aurait-il affirmé en garde à vue. Le policier, qui a brièvement perdu connaissance, s’est vu prescrire huit jours d’incapacité totale de travail.

Côté interpellations, un premier mineur avait été placé en garde à vue dès vendredi, mais les investigations n’ont pas permis de constater le moindre acte de violence à son égard. Au total, quatre personnes ont été identifiées comme ayant porté des coups. Deux ont été interpellées à ce stade. La première est ce jeune homme de 17 ans et demi, de nationalité bulgare, scolarisé au lycée Courbet, inconnu des services de police et de justice et issu d’une famille “sans difficultés”. Il a reconnu avoir participé aux violences urbaines des jours précédents, avec des feux de poubelle et des jets de projectiles, et était porteur d’un sac à dos rempli de “la panoplie parfaite du casseur”, selon le procureur. Le second, âgé de 15 ans et demi et natif de Belfort, est lui aussi scolarisé au lycée Courbet, sans antécédent judiciaire. Il a reconnu avoir été au contact du groupe et avoir voulu porter un coup de pied au policier, tout en soutenant que sa trajectoire aurait dévié au dernier moment.

Les deux mineurs sont poursuivis pour violences aggravées sur fonctionnaire de la police nationale, et non pour tentative de meurtre. Le parquet a ouvert une information judiciaire contre X afin d’identifier les autres individus ayant agressé l’agent. Paul-Édouard Lallois a requis la détention provisoire pour l’adolescent bulgare. Pour le plus jeune, un tel placement n’est pas possible en l’état : le procureur a donc pris “les mesures coercitives les plus importantes possibles”, à savoir un contrôle judiciaire strict assorti d’une obligation de placement dans un établissement de la protection judiciaire de la jeunesse. Reste à savoir ce que diront les investigations sur les deux autres individus identifiés, et si la plainte de Me Alimi aboutira devant la justice.

Questions-réponses

Pourquoi le policier interpellait-il le lycéen au bord de la rivière ?

Selon le procureur Paul-Édouard Lallois, l'agent cherchait à interpeller le lycéen car il était déjà précédemment identifié, notamment lors de précédentes journées de manifestation. Le jeune homme se trouvait près du lit d'une rivière décrite comme un lieu de repli des casseurs.

L'accusation de tentative de noyade est-elle fondée selon le procureur ?

Non. Le procureur affirme qu'aucun risque de noyade n'existait car le cours d'eau était asséché en période de sécheresse, avec seulement 19 cm d'eau au point le plus profond. L'adolescent lui-même a répondu par la négative quand on lui a demandé s'il pensait que le policier avait tenté de le noyer.

Quelles sont les charges retenues contre les deux mineurs ?

Ils sont poursuivis pour violences aggravées sur fonctionnaire de la police nationale, et non pour tentative de meurtre. Le procureur a requis la détention provisoire pour l'adolescent bulgare de 17 ans et demi, tandis que le plus jeune, de 15 ans et demi, est placé sous contrôle judiciaire strict avec obligation de placement en protection judiciaire de la jeunesse.

Que sait-on des autres personnes impliquées dans l'agression ?

Les investigations ont identifié quatre personnes ayant porté des coups, dont deux ont été interpellées. Une information judiciaire contre X a été ouverte pour identifier les autres individus ayant agressé l'agent.