Économiste Baverez alerte : la France au bord du chaos

Économiste Baverez alerte : la France au bord du chaos

Dette, taux et déni politique : la souveraineté budgétaire en sursis

La France, une nation périphérique qui menace la zone euro : telle est l’alerte lancée par l’économiste Nicolas Baverez dans une chronique publiée par Le Figaro, intitulée « La France au bord du chaos » et accessible à l’adresse https://www.lefigaro.fr/vox/economie/nicolas-baverez-la-france-au-bord-du-chaos-20261011. Au cœur de son analyse se trouve une question de responsabilité institutionnelle. Face à l’aggravation simultanée de trois crises, financière, sociale et politique, la classe politique française, qu’il décrit comme enfermée dans le déni, aurait renoncé à exercer sa mission première, celle de redresser le pays, et en aurait confié le sauvetage à une troïka composée du FMI, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne.

Le diagnostic financier constitue le socle de cette mise en garde. À la mi-2026, la dette de la France s’établissait à 3 600 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, un niveau inégalé depuis 1946. Le 1er octobre, les taux d’emprunt ont dépassé la barre des 5 %. L’écart avec les taux allemands, lui, a franchi 150 points de base, un fait sans précédent depuis 2008. Pour l’économiste, ces indicateurs placent le pays dans une situation directement comparable à celle de l’Italie en 2011, qui affichait alors une dette de 120 % du PIB, des taux de 7 %, un spread de 150 points avec l’Allemagne et un déficit de 4,6 % du PIB.

Cette comparaison historique n’est pas neutre : elle porte en elle un scénario institutionnel précis. L’épisode italien de 2011 s’était en effet achevé par la chute de Silvio Berlusconi, suivie de l’application d’un sévère plan d’ajustement conduit sous l’autorité de Mario Monti et sous la supervision de la Banque centrale européenne. En d’autres termes, lorsque la capacité d’un gouvernement à maîtriser ses finances publiques s’effondre, la supervision et les décisions passent à des autorités européennes et monétaires, aux dépens de la souveraineté budgétaire nationale. C’est précisément ce transfert de responsabilité que Baverez voit se dessiner pour la France, faute d’une classe politique capable d’agir par elle-même.

Le second volet de l’analyse concerne le positionnement de la France au sein de la construction européenne. Selon l’économiste, le pays ne figure plus parmi les nations du cœur de l’euro : il serait devenu une nation périphérique dont la situation fragilise la stabilité de l’ensemble de la zone. Ce basculement inverse la géographie des risques telle qu’elle s’était dessinée au sortir de la crise des dettes souveraines. Le danger qui pèse aujourd’hui sur la monnaie unique ne provient plus des Piigs, ces économies du sud de l’Europe qui, rappelle Baverez, se sont redressées depuis le début des années 2010, mais de la France elle-même, qu’il désigne par l’acronyme Frogs.

Derrière ces constats chiffrés se dessine une critique de fond de l’exercice du pouvoir. L’accélération des crises financière, sociale et politique au cours de cet automne 2026 n’est pas présentée comme une fatalité extérieure, mais comme le produit d’un renoncement : celui d’une classe politique qui, en se réfugiant dans le déni, aurait laissé se dégrader les fondamentaux du pays jusqu’au point où des institutions supranationales, FMI, Union européenne et BCE, deviendraient les arbitres de son avenir. La chronique pose ainsi la question centrale de toute gouvernance : qui décide, qui est responsable, et à quel moment l’incapacité des dirigeants élus à assumer leurs mandats ouvre-t-elle la voie à une tutelle extérieure ?

Pour les lecteurs attentifs au fonctionnement des institutions européennes et à la conduite des politiques budgétaires, le message de Baverez tient en une formule : la souveraineté budgétaire ne se perd pas en un jour, elle s’érode à mesure que les responsables politiques diffèrent les arbitrages nécessaires. Au bord du chaos, selon lui, la France n’a plus d’autre choix que celui-ci : reprendre la main sur ses propres affaires, ou laisser la troïka le faire à sa place.

Questions-réponses

Quel est l'état des finances publiques françaises selon Baverez ?

À la mi-2026, la dette atteint 3 600 milliards d'euros, soit 119 % du PIB, un niveau inégalé depuis 1946 ; les taux d'emprunt ont dépassé 5 % le 1er octobre et l'écart avec les taux allemands a franchi 150 points de base, du jamais-vu depuis 2008.

Pourquoi la comparaison avec l'Italie de 2011 est-elle significative ?

L'Italie affichait alors 120 % de dette, des taux de 7 %, un spread de 150 points et un déficit de 4,6 % du PIB ; l'épisode s'était achevé par la chute de Silvio Berlusconi et un plan d'ajustement conduit par Mario Monti sous supervision de la BCE, illustrant un transfert de responsabilité vers les autorités européennes.

Qu'entend Baverez par la troïka ?

Il désigne ainsi le FMI, l'Union européenne et la Banque centrale européenne, auxquels la classe politique française aurait, selon lui, confié le sauvetage du pays faute d'agir elle-même.

Que signifie le basculement de la France vers la périphérie de la zone euro ?

La France ne figure plus parmi les nations du cœur de l'euro ; le danger pesant sur la monnaie unique ne vient plus des Piigs, redressés depuis le début des années 2010, mais de la France elle-même, que Baverez désigne par l'acronyme Frogs.

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