Le bâti scolaire français met face à face deux niveaux de responsabilité publique. Alors que le gouvernement et les régions doivent se réunir ces deux prochains jours, chacun renvoie à l’autre la charge d’un patrimoine scolaire vieillissant dont la rénovation nécessiterait, selon les estimations évoquées, autour de 100 milliards d’euros. Ce bras de fer institutionnel se joue alors même que lycéens et étudiants reprennent la rue ce mardi 13 octobre pour revendiquer notamment de meilleures conditions d’étude.
La question de la compétence, au sens strict, structure tout le débat. Qui décide des travaux, qui les finance, qui répond de leur arrêt ? Ces interrogations restent sans réponse claire pour les communautés éducatives concernées, alors que les établissements se dégradent sous les yeux de leurs usagers.
Les exemples documentés par la mobilisation dessinent une carte de France du bâti en attente. À Bavay, dans le Nord, entre Valenciennes et Maubeuge, les élèves du lycée des Nerviens se gèlent ou suffoquent selon la saison, en attendant une rénovation des locaux et des préfabriqués promise depuis quinze ans. Quinze années de promesses non tenues posent directement la question de la continuité de l’action publique et du suivi des engagements pris par les autorités compétentes.
À Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne, le lycée polyvalent Jean-Pierre-Timbaud cumule des « trous dans les murs » et des sanitaires sans porte ni lumière, des conditions qui pourrissent le quotidien de ses usagers. À Pontivy, dans le Morbihan, l’internat du lycée Blavet est décrit comme délabré par ses propres résidents. Le phénomène ne s’arrête d’ailleurs pas aux frontières de l’enseignement public : à Pantin, en Seine-Saint-Denis, les élèves du privé de Saint-Joseph ont bloqué leur établissement pour se plaindre de « l’isolation des murs » et du « fonctionnement du chauffage l’hiver ».
Le mouvement trouve son origine il y a trois semaines, avec la première manifestation de colère des élèves du lycée Saint-Exupéry, à Créteil, dans le Val-de-Marne. Depuis, chaque journée de mobilisation lycéenne se fait l’écho d’établissements à l’abandon, transformant des situations locales en enjeu national porté devant l’État et les collectivités.
Le cas de Montreuil illustre peut-être le mieux l’opacité qui entoure ces dossiers. À la vaste cité scolaire Jean-Jaurès, qui accueille un collège, un lycée et des formations post-bac pour plus de 1 500 élèves, les travaux d’amélioration ont commencé il y a au moins quatre ans. Ils sont à l’arrêt depuis un bon moment, sans que la communauté éducative sache vraiment ce qui coince. Ce silence administratif, où ni les responsables désignés ni les causes du blocage ne sont explicités, interroge sur la transparence du suivi des chantiers publics et sur les mécanismes de reddition de comptes entre maître d’ouvrage et usagers.
C’est précisément dans ce contexte que la réunion prévue entre le gouvernement et les régions prend son sens. En se réunissant ces deux prochains jours, les deux parties auront à clarifier le partage des responsabilités sur un bâti scolaire dont le coût de remise à niveau, évalué à environ 100 milliards, dépasse les capacités d’un seul acteur. Le renvoi de balle entre État et collectivités, dénoncé de fait par la rue, devra aboutir à une répartition explicite des mandats et des financements, sous peine de laisser perdurer des situations que les élèves documentent désormais publiquement, de Créteil à Bavay et de Brétigny-sur-Orge à Pontivy.
Pour les responsables publics, l’enjeu dépasse la seule gestion patrimoniale. La persistance de chantiers inachevés, de promesses vieilles de quinze ans et de conditions d’étude dégradées alimente une mobilisation qui place la question de la gouvernance du bâti scolaire au centre du débat. La réponse institutionnelle attendue ces prochains jours dira si les deux niveaux de collectivité parviennent à assumer conjointement une responsabilité jusqu’ici disputée. Et, au-delà des annonces, si les élèves de Bavay verront enfin leurs préfabriqués rénovés.