Maurice : le cabinet prolonge le couvre-feu jusqu'à vendredi

Maurice : le cabinet prolonge le couvre-feu jusqu'à vendredi

Le cabinet maintient les restrictions et durcit le cadre juridique face aux émeutes

Le couvre-feu nocturne instauré à Maurice a été prolongé jusqu’à vendredi matin, une décision arrêtée conformément aux mesures validées lors d’une réunion spéciale du cabinet mercredi, alors que l’île traverse les pires émeutes qu’elle ait connues depuis des décennies. Le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui avait ordonné le couvre-feu mardi, a averti que « ceux qui ont perpétré ces actes devront en assumer les très lourdes conséquences, conséquences que méritent leurs actes antipatriotiques », dans une allocution à la nation. Il a mis en garde contre ceux qui « agissent contre les intérêts du pays », un centre névralgique du tourisme et des services financiers.

À l’origine de cette escalade se pose une question de responsabilité policière. Les manifestations contre les pénuries d’eau et le coût élevé de la vie, entamées une semaine plus tôt, ont dégénéré en violence vendredi lorsqu’une femme a été blessée par balle par la police à un barrage routier. Les circonstances de la fusillade restent floues. Le policier concerné a depuis été arrêté et placé en détention provisoire.

Sur le terrain, la police a dressé un bilan détaillé des violences. Son rapport fait état de pillages, de possession de substances explosives, d’incendies criminels et de dommages causés aux commissariats, aux feux de circulation et aux caméras de surveillance, ainsi que de sept policiers blessés. Des manifestants ont brûlé des pneus et bloqué des routes à mesure que les troubles s’intensifiaient au cours du week-end, des commissariats et d’autres infrastructures publiques étant vandalisés.

L’appareil judiciaire et répressif de l’État a été mobilisé à grande échelle. Au moins 94 personnes ont été arrêtées depuis le début des émeutes, et le gouvernement indique qu’elles pourraient être poursuivies en vertu des lois antiterroristes. La plupart de ces arrestations ont eu lieu mardi, selon le dernier communiqué du gouvernement, et la police a signalé des incidents et des interpellations malgré le couvre-feu initial. Parmi les personnes arrêtées, 16 sont mineures. « Compte tenu du nombre de mineurs impliqués dans les émeutes », les autorités ont annoncé envisager d’abaisser de 14 à 12 ans l’âge auquel les mineurs peuvent être détenus et poursuivis en justice, une évolution du cadre juridique qui témoigne de la fermeté affichée par l’exécutif.

La surveillance numérique fait également partie de la réponse de l’État. La police a indiqué que ses agents spécialisés dans la cybercriminalité surveillaient constamment les réseaux sociaux et qu’ils enquêteraient sur les personnes publiant des discours haineux et incitant à la violence.

L’administration a par ailleurs étendu les fermetures au secteur éducatif. Dans un communiqué distinct, le ministère de l’Éducation a annoncé l’annulation des cours jeudi et vendredi dans les établissements scolaires, prolongeant la suspension déjà en vigueur. Le ministère a précisé suivre la situation de près et qu’une déclaration ultérieure concernant la réouverture des écoles serait publiée. Les troubles ont également entraîné la fermeture des transports publics, et des ambassades étrangères ont émis des alertes appelant leurs ressortissants à la prudence.

Pour des analystes, la réaction du gouvernement s’inscrit dans un contexte de troubles d’une ampleur inédite. Zoë McCathie, analyste chez Signal Risk, une société basée en Afrique du Sud, a rappelé que, lorsque les manifestations contre la pénurie d’eau avaient commencé, le gouvernement avait réagi de manière proactive en fournissant davantage d’eau aux ménages. Cette escalade a toutefois créé une situation plus « inhabituelle pour la sécurité du pays », l’exécutif ayant eu recours à la fermeture des écoles et à l’instauration d’un couvre-feu, a-t-elle déclaré à l’émission Newsday de la BBC.

« On n’a pas vu de manifestations de cette ampleur et de cette intensité depuis environ 1999. La réponse du gouvernement est donc logique et nécessaire », a-t-elle ajouté. Selon elle, même si le gouvernement est parvenu à « contenir le pire des troubles », des manifestations pourraient reprendre dans certaines régions, les pénuries d’eau devant persister jusqu’à la saison des pluies en décembre. Un défi de gouvernance qui reste donc ouvert pour les autorités mauriciennes.

Questions-réponses

Qui a ordonné le couvre-feu et quand a-t-il été prolongé ?

Le Premier ministre Navin Ramgoolam avait ordonné le couvre-feu mardi, et le cabinet l'a prolongé jusqu'à vendredi matin lors d'une réunion spéciale mercredi.

Quelles suites judiciaires ont suivi la blessure par balle d'une femme à un barrage routier ?

Le policier concerné a été arrêté et placé en détention provisoire, mais les circonstances de la fusillade restent floues.

Quelle évolution du cadre juridique concernant les mineurs est envisagée ?

Le gouvernement envisage d'abaisser de 14 à 12 ans l'âge auquel les mineurs peuvent être détenus et poursuivis en justice, compte tenu du nombre de mineurs impliqués.

Quelles mesures ont été prises pour le secteur éducatif ?

Le ministère de l'Éducation a annoncé l'annulation des cours jeudi et vendredi dans les établissements scolaires, prolongeant la suspension déjà en vigueur, et suivra la situation avant toute déclaration sur la réouverture.