Les guides malgaches de Maromizaha connaissent ce son mieux que quiconque. À l’aube, à travers les fourrés de la forêt de l’est de Madagascar, ils conduisent les chercheurs vers les arbres où l’air résonne encore des chants des indris. Ces lémuriens, les plus grands du monde, sont en danger critique d’extinction. Pour les habitants de la région, chaque chant entendu dans la canopée est le signe que l’espèce tient encore, malgré la déforestation qui ronge son territoire.
C’est pour ces communautés locales que le travail mené à Maromizaha, une zone protégée, revêt un enjeu direct. L’Université de Turin et plusieurs partenaires soutiennent le Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar (GERP), une association locale qui gère la forêt. Elle aide les habitants à cultiver des espèces d’arbres indigènes et endémiques, ensuite plantées dans les zones touchées par la déforestation, afin de restaurer le milieu naturel et d’étendre les habitats favorables à la vie sauvage. Les guides locaux et les chercheurs emmènent aussi les enfants observer des animaux comme les indris dans la forêt, et les sensibilisent à l’écologie et à la conservation. L’espoir est qu’un jour, quand les enfants de la région s’aventureront dans la jungle de leur île, l’air tout autour d’eux résonne de chants encore plus nombreux.
Au cœur de cette démarche se trouve une technique appelée suivi acoustique passif (PAM), qui permet de mesurer la densité et l’abondance des indris. « L’indri est l’un des primates les plus menacés sur Terre », rappelle Valeria Ferrario, postdoctorante à l’Université de Turin et première autrice d’une nouvelle étude documentant l’utilisation du PAM pour estimer les populations. « Comme cette espèce ne survit pas en captivité, la première étape pour la sauver est de savoir combien d’individus demeurent dans la nature. Le PAM nous offre, pour la première fois, un moyen applicable à grande échelle et non invasif d’évaluer les populations restantes. » Ce point est décisif : toutes les tentatives de conservation en captivité ont échoué, si bien que la protection de l’indri sauvage est la seule voie viable pour assurer sa survie.
Sur le terrain, l’équipe, dont faisait partie Filippo Carugati, biologiste de l’Université de Turin et co-auteur de l’étude, a attaché vingt-six unités d’enregistrement autonomes (ARU) à des arbres à l’aide de cordes en plastique. Ces appareils captent automatiquement les sons de la forêt selon un calendrier préétabli : dix minutes d’enregistrement toutes les heures, une cadence destinée à optimiser la durée de vie de la batterie et la capacité de stockage des données.
Compter des animaux invisibles à partir de leurs voix pose toutefois des difficultés. Entendre un chant d’indri n’équivaut pas au dénombrement d’un groupe, car la même famille peut chanter plus d’une fois, et certains chants, noyés dans le vacarme de la forêt, peuvent ne pas atteindre le microphone. Les chercheurs doivent donc connaître à la fois la fréquence à laquelle les groupes chantent et les chances que leurs appareils les entendent. Valeria Ferrario a résolu ce problème grâce au spectrogramme, une représent