Une enquête judiciaire est désormais ouverte à Caen pour apologie du terrorisme et apologie de crimes contre l’humanité, a appris ICI Normandie ce mercredi. La procédure fait suite à des vidéos publiées sur Snapchat le 8 octobre 2026, jour où des dégradations ont été commises dans des lycées de l’agglomération caennaise.
Le procureur de la République de Caen a confirmé à ICI Normandie, le mercredi 14 octobre 2026, l’ouverture de cette enquête, qui vise également l’apologie d’organisations déclarées criminelles lors du procès de Nuremberg et la participation à une entente en vue de commettre des dégradations. Les investigations ont été confiées au Service interdépartemental de la Police judiciaire du Calvados, chargé de remonter la piste des auteurs.
Le travail opérationnel est déjà bien engagé. “Nous travaillons sur la localisation de personnes qui semblent fournir des mortiers pour s’attaquer aux forces de l’ordre et commettre des dégradations”, confie Joël Garrigue, qui précise : “Nous travaillons également pour identifier celles qui portent des t-shirts au vocable évocateur.”
Ce que montrent les images
Les vidéos, décrites comme glaçantes, documentent une série de scènes dans plusieurs établissements de l’agglomération. Sur l’une d’elles, trois personnes posent de dos, vêtues de maillots siglés du nom de Merah, de Ben Laden et de Hitler, devant le lycée Salvador Allende à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen. Sur une autre, les mêmes individus apparaissent avec ces mêmes maillots devant le lycée Dumont d’Urville à Caen. D’autres images présentent des mortiers d’artifice. Enfin, d’autres vidéos montrent un groupe de personnes cagoulées commettant des violences et des dégradations dans le lycée Laplace à Caen.
Le circuit du signalement
Le dispositif institutionnel s’est enclenché rapidement. Les vidéos, immédiatement repérées, ont fait l’objet d’un signalement par le préfet du Calvados à la justice, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Cet article impose à “toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, a connaissance d’un crime ou d’un délit, d’en aviser sans délai le procureur de la République.” Ce mécanisme a permis le transfert rapide du dossier vers l’autorité judiciaire, qui a ouvert la procédure et orienté les investigations vers la police judiciaire.
La réaction du préfet
Interrogé sur ICI Normandie ce jeudi matin, David Clavière, préfet du Calvados, a réagi à la présence de ces vidéos sur Snapchat. “Les réseaux sociaux ne sont pas une zone de non-droit. Se cacher derrière l’anonymat ne permet pas de s’affranchir de la loi ni d’échapper à ses responsabilités”, a-t-il déclaré.
L’affaire illustre la chronologie complète d’un traitement opérationnel : détection immédiate des contenus par les autorités locales, signalement formel au parquet via une procédure encadrée par le code de procédure pénale, ouverture d’une enquête par le procureur de la République, puis prise en charge du dossier par le Service interdépartemental de la Police judiciaire du Calvados. Les enquêteurs avancent désormais sur deux volets définis par Joël Garrigue : d’une part la localisation des personnes suspectées de fournir des mortiers destinés à s’attaquer aux forces de l’ordre et à commettre des dégradations, d’autre part l’identification des porteurs des t-shirts aux noms évocateurs. Les dégradations commises le 8 octobre dans les lycées de l’agglomération caennaise et les vidéos publiées le même jour sur Snapchat constituent le socle factuel de cette procédure, dont la suite dépendra de l’avancée des travaux d’identification menés par les enquêteurs.