Mercredi, Emmanuel Macron a exhorté les branches professionnelles “qui ont encore des revenus qui sont sous le Smic” à “relancer” des négociations salariales. Le chantier de l’exécutif est concret : faire fonctionner les mécanismes de négociation, branche par branche, là où des milliers de salariés restent payés sous le salaire minimum, en réponse à la mobilisation citoyenne pour le pouvoir d’achat. “Je pense que la clé elle est plus aujourd’hui sur certaines branches qui ont un niveau de rémunération qui est en dessous du Smic”, a-t-il ajouté.
Pour le président, la mise en route de ces instances de discussion constitue la priorité opérationnelle. Il a estimé qu’il fallait “relancer, là à court terme”, “des dialogues sociaux” dans ces branches, précisant : “Je pense que ça fait partie des axes d’efforts.” L’ampleur du chantier se mesure chiffre à l’appui : selon une étude de la CGT citée mercredi par Le Parisien, 122 branches proposent encore au moins un niveau de salaire sous le Smic.
Sur la question d’une hausse anticipée du salaire minimum, en revanche, le chef de l’Etat a éludé. Interrogé lors d’une interview sur la chaîne Youtube HugoDécrypte, il a renvoyé au Premier ministre Sébastien Lecornu. La perspective d’un prochain “coup de pouce” gouvernemental au Smic reste pourtant évoquée, et son calendrier fait l’objet d’âpres discussions.
Il y a cinq jours, le ministre de l’Économie Roland Lescure avait annoncé qu’une hausse du Smic “fait partie des débats”. “Si l’inflation se poursuit (…) évidemment le Smic poursuivra son augmentation. Et sur le calendrier on va évidemment en discuter, ça fait partie des paramètres qu’on doit mettre sur la table avec les partenaires sociaux”, avait alors répondu le locataire de Bercy.
Sur le terrain, le cabinet du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou reçoit depuis à tour de rôle les partenaires sociaux, dans une série de consultations qui doivent déboucher sur une solution concrète. Selon la presse, le ministre aurait proposé une revalorisation de 1%, jugée bien trop basse côté syndicats. La CFDT réclame une hausse de 100 euros du Smic net, soit presque 7%. La CGT exige même 10%.
Au-delà du chiffre, les organisations syndicales plaident aussi pour réviser l’intégralité des grilles de salaire, c’est-à-dire la structure même des rémunérations par branche. Le problème remonte aux revalorisations successives liées à l’envolée des prix : un certain nombre de branches ont vu leurs grilles passer en dessous du salaire minimum, créant un décalage que les mécanismes existants ne corrigent plus automatiquement.
Côté employeurs, la tonalité est nettement plus réservée. Vendredi dernier, le président du Medef Patrick Martin avait estimé qu’une hausse du Smic pour “acheter la paix sociale”, ajoutée au renchérissement du coût du travail prévu dans le budget de la Sécu, risque de “créer la pagaille dans les entreprises”. Pour les chefs d’entreprise, l’enjeu n’est pas seulement le niveau du salaire minimum, mais son effet en cascade sur toute la chaîne des coûts.
La mesure attendue doit répondre à la colère sociale du pays. Mais son exécution suppose de trancher entre des exigences syndicales allant du simple au décuple des avancées proposées, des avertissements patronaux sur la compétitivité et, dans de nombreuses branches, la remise en route des négociations collectives elles-mêmes. C’est sur cette capacité à remettre les grilles de salaire en ordre de marche, branche après branche, que se jugera le dossier dans les semaines à venir.